Lundi 20 octobre 2014 à 13:52

Débouler au dehors dans la chamade du retard, être accueillie par un brouillard de ville, une dense brume du matin. La course du vélo tout à coup feutrée. L'enfilade des petites rues, tapis de feuilles mortes et jaunes, le silence d'un samedi, fraîcheur vaporeuse. C'est parfait, ça, le coton tout autour de soi pour sauvegarder le corps quelques précieux instants, pour ne rien perdre du peu de force qui draine ce réveil. Parfait, que ce ne soit pas un soleil insolent qui vienne me brûler le courage, qui me susurre des airs de Je-ne-veux-pas-travailler. Le brouillard ne me dit rien, il se tient, calme, m'accompagne, me claque tranquillement une bise sur la joue. Il habille le clocher, le métro, l'avenue d'un voile théâtral. Je m'engouffre dans les escaliers.

Vendredi 10 octobre 2014 à 9:46

Le plaisir de la solitude voyageuse. Monter dans un bus pour des heures, traverser des nulle-parts, ne parler à personne et demander à tout le monde (l'heure, les toilettes, la mer), atteindre des ailleurs et ne rien en partager, en garder pour soi chaque miette. Savourer la non-contrainte humaine, la possibilité du silence, du rien, de la folie. Être sa seule limite. Oh, ce plaisir ! Envie déjà de réenfourcher le sac à dos, de me dévisser le quotidien dans l'inconnu, d'aller à l'escalade des hameaux de nature.

Dimanche 21 septembre 2014 à 22:27

Je suis allée au refuge de mes draps parfumés eucalyptus, lire une fin de roman à la lueur de deux bougies. Il y faisait bon, il y faisait doux, une amorce d'âme réparée, de corps inspiré. Quand, arrivée à la dernière page, j'ai soufflé la lumière, la solitude m'a étreint plus qu'à l'habitude. Tranquille, sûre d'elle, elle m'a déstabilisée, raconté des histoires, donné des envies. Elle m'a emmenée tranquillement à la chouine, la pigne, la râle. Le caprice enfantin d'un câlin. Ne pas dormir seule, ne pas pourrir à moi-même. Le manège s'est mis en route dans ma tête et j'ai senti que toute la fatigue du monde aurait même du mal à le ralentir.
Alors je me suis relevée, je me suis assise à l'écran de l'ordinateur, je me suis abruti un peu les yeux. Pour ne plus le voir, pour ne plus rien voir.

En fait, c'est de cela qu'il s'agit : je ne me suis plus endormie sans être abrutie.

Dimanche 21 septembre 2014 à 22:08

J'ai les paupières cousues à la mauvaise haleine, un trou d'air dans les côtes, une furieuse envie de dormir qui me percute la nuque. Comme une sensation d'artères nouées, de corps à sec et à vide, on dirait presque que j'ai les yeux qui ont arrêté de voir. Pourtant, je suis là, je respire, mais rien n'y est. Désertion.

Mardi 16 septembre 2014 à 12:39

Et dès que la lumière enfile sa robe de jour, je sors de mon arbre et monte sur les toits. Je vais boire mon infusion de soleil, et je sais que je déroge au menu convenu. Je le sais tellement que ça me démange dans la tête, le point d'ancrage de l'appartement qui me tire vers le retour, vers le plus-tard-il-faut-que-je-rentre-j'ai-des-chose-à-faire. L'idée du lieu de vie devient insupportable, je voudrais n'habiter nulle part, que ce fichu trousseau de clefs n'existe pas, que ce domicile ne m'appelle pas à me rendre. Les premières minutes sont terriblement difficiles, indécises, coupables. Pourtant, peu à peu, j'oublie. Les genoux nus, je compte les petites tâches de rousseur qui fêtent mes jambes. Je m'endors un peu, je pense à lui inévitablement, je sirote un jus de pommes, j'étire la solitude, je la dessine, le soleil m'étouffe la nuque, j'ai les cheveux papillons et oublié mon adresse.

Vendredi 12 septembre 2014 à 21:55

Le cheveu désordre, l'estomac en bas des escaliers, les yeux collés dans les phares du bus, le coeur halluciné, l'écharpe enrôlée, l'orteil sans chaussette, le pas hagard, le mot sans voix. La lente agonie de l'organisme, par quel bout la prendre ? Peu importe, elle part dans tous les sens.

Jeudi 11 septembre 2014 à 11:28

cherche humain pour

passer l'hiver
aimer l'été
s'exercer à la sincérité
s'asseoir dans la cuisine
rire plus souvent
pleurer un peu
appréhender le corps
voyager
agrandir la ville
lire à haute voix
déguster la paresse
laisser courir le silence
prendre de la place
donner tort au non-romantisme berlinois
avoir des rendez-vous
ne pas flancher
grandir
frémir d'appétit
bricoler une intimité
inventer de nouvelles habitudes
s'endormir avec une bougie allumée
me manger les seins
cesser les fuites
boire un verre de vin
me montrer les épices
écouter la vie comme elle est ailleurs
prendre du recul
avoir des frissons
éprouver le manque
essayer la sagesse

rayez la mention inutile
ajoutez la vôtre


Mardi 9 septembre 2014 à 0:01

N'y a-t-il vraiment aucun mot ou est-ce une tentative de ne pas inscrire les sensations, de les garder loin ? Ignorer, par exemple, le souvenir de vos baisers. Si je nomme vos lèvres aux miennes, en seront-elles plus réelles ? Faut-il être un monstre de silence pour être si doux sous la langue ? Est-ce vos égoïsmes et vos étrangetés qui vous donnent cette saveur ? Quand je mange à d'autres palais, je me demande. Pourquoi ne peut-on pas avoir les amants que l'on désire ? Quel sens ont les autres au regard de vous hantant ma mémoire ? Il aurait peut-être fallu me taire encore, fermer le cahier, laisser le crayon. Abandonner.

Je n'aime pas fermer les yeux et te voir, toi qui danse avec les libellules, toi qui te moque amer.

Lundi 1er septembre 2014 à 22:50

Une étreinte de toi - je veux m'évanouir dans ton parfum

Parfois, je regrette qu'ils se fassent des câlins partout et pour un rien, j'aurais préféré sans doute te serrer la main formellement, te claquer une bise lointaine. Il n'aurait pas fallu que j'éprouve l'espace de ton corps entre tes bras, la fichue odeur de ta peau, 

je

dix jours que je suis rentrée et j'ai l'impression que ça fait cinq mois parce que chaque heure compte triple quand tu ne m'appelles pas

je peste en silence, je m’entraîne à éprouver de mauvais sentiments envers toi
je suis gênée à l'idée de te croiser par hasard aux endroits où l'on pourrait se croiser par hasard

ça ne fait que dix jours et j'ai l'impression d'avoir usé deux vies

Dimanche 17 août 2014 à 12:06

Je pourrais, si c'était toi, faire l'amour n'importe où, je crois. Tu comprends pourquoi j'essaie de m'empêcher de penser à toi. A ton approche, j'ai eu la sensation d'être une tempête, un effroyable désordre des équilibres. Il me faut un long moment pour me calmer, pour te rejoindre un peu, pour aller vers ce pays où respirer a un goût. Je t'ai vu déguster l'air que tu respires. Tes mains amarrées à moi canalisent mes voltiges, entre tes bras je suis concentrée, dense, presque calme. Comment, en ton absence, faire taire les roulades de mes pensées ? Quand je n'aimerai rien que me vautrer dans ta saveur... J'écris sur des bouts de papier Je pense à toi, et je m’enchaîne au silence pour ne pas te les envoyer. Je ne veux que débarquer dans la ville et te retrouver. C'était trop peu ou bien pas assez. Tu inondes de sérénité, pourtant tu goûtes le feu. J'ai flairé un peu de l'animal dans ton enthousiasme d'humain. L’envie d'une brûlure de toi m'omnibule somnambule, je fantasme les déchirures, la lave, l'orage. J'essaie de m’empêcher de penser à toi, mais je n'ai rien de mieux à me coller sur la paupière. Je tente de contrôler un peu. De ne pas me laisser aller. Et toi, tu n'as pas le droit de partir avant d'être venu. On n'est pas obligés de se tortiller et de jouer la valse des amants, mais je veux ne serait-ce qu'une fois dormir à ton épiderme, dans l'odeur épicée de ton torse, dans la soie tendre de ton cou, dans l'univers rassurant entre tes bras, au souffle doux de ton oxygène.
Je me retiens très fort, je me retiens par dessus bord de t'écrire - te crier tout ça.
J'essaie de m'empêcher de penser à toi.

 

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