Lundi 21 avril 2014 à 21:08

Parfois, je pédale à travers Berlin et j'écris dans ma tête, et après il faut faire marcher le souvenir, ce n'est pas toujours simple. Je m'imprègne d'une sensation, y met des phrases de mots que je fais tourner en boucle, chaque fois qu'ils me passent devant les yeux j'essaie de les toucher, de les inscrire au bout de mes doigts pour qu'il y reviennent plus facilement, et puis finalement j'hésite, je sculpte la ronde, je les modèle, je les change, je descends de mon vélo et je ne suis plus sûre, c'est très dense mais incertain, j'ai murmuré de l'écriture sous la peau de mon front mais qu'ai-je voulu dire, quels étaient les termes exacts, est-ce que je vais m'en rappeler, j'aimerais, je ne sais pas.

Lundi 21 avril 2014 à 10:58

 _______tes jambes à mes bras à mon ventre à mes chevilles
______mes fesses à ton dos à tes hanches à mon nombril
_______tes omoplates à mes mains à mes lobes à ton crâne
mon nez à ton cou à ta joue à ton torse

Dimanche 20 avril 2014 à 23:00

Note : je voudrais être un doudou sans lequel les copains n'iraient nulle part, une petite chose accrochée à leurs épaules, fourrée dans leurs sacs à dos, une petite boule qui ramasserait toute la poussière et sentirait fort le feu de camp. J'épongerai l'humidité de leurs nuits aux étoiles, je perdrai de ma douceur en me frottant au soleil qui les brunit, je serai rapiécée, bricolage de voyages, mais jamais oubliée. Trimbalée dans leurs escapades, je dormirai au fond de leurs duvets, au bord de leurs clavicules. Témoin des déboires complice des beautés, un poids plume à leurs périples, une matière silencieuse mais amoureuse. Je voudrais vraiment que les copains ne puissent pas s'en aller, sans m'avoir dans leurs paquets.

Mardi 15 avril 2014 à 12:56

je traîne dans ses vieux pulls
je vis dans l'odeur de son armoire

Mardi 15 avril 2014 à 0:40

Si tu n'étais pas dans un autre pays je t'appellerai à l'instant et tu serai obligé de me dire, de me raconter, ce que ça fait d'être amoureux, moi j'ai oublié, je ne sais plus depuis toi, je ne sais pas comment j'ai réussi mais c'est comme ça, tu comprends, tu vois, j'ai l'épiderme à démangeaisons et je veux le dire, en parler avec toi, bordel, je veux m'asseoir là et en parler avec toi, j'ai retrouvé cette image de nous il y quelques jours et je la laissais traîner sur mon bureau comme si de rien, mais ce n'était pas rien, elle était posée sur le dessus de mon bazar pour que je puisse la voir, vérifier du coin de l'oeil, vérifier la sensation que j'ai eu quand elle m'est retombée dans les mains, cette seconde où cette photographie m'a transpercée. C'est une image banale, elle n'est pas particulièrement belle, je ne l'ai jamais accrochée nulle part, elle ne fait pas partie des souvenirs qui ont été exhumés mille fois, alors elle m'a surprise, prise de court : deux personnes se photographiant dans le couloir, comme ça, sans raison aucune. Deux personnes qui s'aiment, mais surtout deux personnes qui se connaissent, qui partagent une intimité, c'est ça qui m'a coupé le souffle. À qui je dirais, aujourd'hui, pendant qu'on enfile nos chaussures pour aller flâner le long du canal "Ah attends, viens on fait une photo", à qui ?

Si tu n'étais pas dans un autre pays je t'appellerai parce que j'aimerais que précisément toi, tu répondes à mes larmes, à mes doutes, à ma solitude, que précisément toi, tu me racontes ce que ça fait d'éprouver l'amour.

Bordel, prends moi dans tes bras, serre-moi, dis "oyeeee" quand je fais ma moue de gamine perdue,

me laisse pas, c'est pas juste, je veux danser aussi autour du feu de camp,
je veux être triste avec des gâteaux au chocolat et vos genoux pour m'allonger dessus

ça fait deux ans que ça faisait trois ans et vous n'êtes pas là
 
je ne suis pas là
 
bordel

Dimanche 13 avril 2014 à 8:02

C'est l'heure de rentrer
déshabiller la mariée
le petit jour parfumé

sur le chemin retrouvée
la tulipe écrasée

Mardi 1er avril 2014 à 9:40

je pense à l'odeur de tes cheveux lorsque tes lèvres passaient dans ma nuque,

au sillage de mon sommeil à ton corps quand tes doigts veillaient dans mes cheveux

je me souviens parce que je n'ai pas mieux à me mettre sous les yeux

corps à corps poisseux et sans souffle, apnée inhabitée du petit matin

je reste sous la lanterne de mon bureau quand tu étais dans mon dos

Lundi 31 mars 2014 à 21:42

Ce rond et vieux monsieur en anorak rouge est passé devant moi, et c'est l'ours qu'il tenait entre ses mains, contre lui, qui a attiré mon attention. Il avait de tous petits gestes, délicates et presque invisibles caresses pour la peluche. Une casquette de vieux loup de mer enfoncée sur la tête, il déambulait, sans but, l'air perdu, mais intéressé. Ses vêtements flottaient un peu autour de lui, étranges, mal taillés, défaits sans l'être tout à fait. On aurait pu penser que c'était un homme de la rue mais en fait non. Impossible de ne pas fondre en flaque face au duo de l'improbable papi et de son ours gris. Je me suis mise à les suivre dans l'épicerie, feignant un soudain intérêt pour un paquet de gâteau, pour mieux les épier. Ils avançaient lentement d'un point à l'autre, avec une grâce balourde, hors du temps. Alors qu'ils s'éloignaient, j'ai réussi à rejoindre le stand de dégustation assez vite pour lui proposer de goûter une tapenade. Il m'a regardée, j'ai vu ses yeux un fugace instant, il a décliné et il a dit quelque chose à propos de la nuit, je n'ai pas compris. Ils sont partis mais m'avaient transpercée. Un rai de lumière qui me traversait de part en part, ne me laissant qu'une irrépressible envie de pleurer, une émotion à fleur de poumons.

Plus tard, je les avais complètement oubliés. Il est repassé, a pris le temps de me faire un sourire fou et gigantesque de sous sa casquette. J'ai eu un arrêt du coeur et une chamade de bonheur.

Lorsque, à la toute fin des fins, il est sorti avec son sachet de thé, il a fait un petit signe avec la patte de l'ours, un au revoir de peluche. J'ai pensé
J'ai un nouvel ami.

Vendredi 28 mars 2014 à 23:13

écrire ton nom dans le cadran, c'est un automatisme. incontrôlé. prendre la température de mon sang-froid face à ton numéro, à ta photo. maintenant que je t'ai viré de partout, quand j'écris ton nom rien ne vient, silence radio, case blanche. alors quoi, j'actualise mes mails. comme si. vois-tu, tu m'emmerdes. mais ce n'est pas grave, rien n'est grave, surtout pas pour toi. je vais chercher des passes-temps plus méritants. 

Jeudi 27 mars 2014 à 9:49

C'est idiot, d'avoir eu tellement envie de toi
que tu sois le seul que j'ai imaginé dans mes draps

désormais, furieusement, j'oublie
le désir
la joie

cet oxygène qui me parcourait
de liberté de naturel
ça en avait, un peu, le goût

le début
j'ai entrevu
le lâcher-prise

c'est idiot de t'avoir attendu
puisque jamais tu n'es revenu



j'irai

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