Mercredi 26 mars 2014 à 22:44

Il y avait ce garçon dans le métro, parfaitement taillé déjà dans son corps d'adulte. Il fallait l'observer longtemps pour reconnaître l'adolescent dans les proportions massives. Sans le scruter, vous vous seriez adressé à lui comme à votre oncle. Ses vêtements lui tombaient sur le corps d'une façon qui lui donnait vraiment un air de grand. Parfois son attitude était en tous points semblables aux hommes qui l'entouraient. Et pourtant, il avait, souvent, mais juste pour quelques secondes, des libertés qui trahissaient son jeune âge, des mouvements pleins de sèves, des moues d'ennui terriblement sincères, un regard particulièrement interrogateur, une présence très forte, pas du tout effacée. Il y avait là dedans la spontanéité d'un môme. Je l'ai regardé et j'ai vu un être humain qui n'avait pas encore assimilé tous les codes de cette existence en groupe, et j'ai trouvé ça réjouissant. Je me suis brusquement prise d'affection pour lui, j'avais envie de le rejoindre dans cet entre-deux-mondes, de sauter à pied joint sur le fauteuil à côté de lui, de lui donner un coup d'épaule et de lui dire Hey hey hey moi aussi je suis là. Il avait l'air de se demander ce que je lui trouvais. Par hasard nous sommes descendus à la même station, j'ai pu l'observer encore quelques secondes. Il a traversé le tunnel à une folle vitesse. Pas la vitesse des gens pressés, non. Il a fait ça avec le pas de géant d'un gosse plein de fougue. Une énergie qui semblait lui venir de la terre. Il a descendu les escaliers avec les épaules et les bras ballants, c'était assez comique, et puis après, je l'ai regardé s'éloigner dans la rue. À un moment, comme ça, il s'est mis à faire des sauts de cabri et puis il a détalé en courant. Il est devenu un point très loin, et j'ai souri. J'ai adoré ce garçon. 

Dimanche 16 mars 2014 à 23:05

Je ne peux plus bouger. Plus une miette de respiration pour me faire tressaillir. Un mortier de fatigue, de mauvaise humeur et d'exaspération m'a fauchée. Immobile, tac. Ça dure. Je laisse la cohue des gens me traverser, d'une oreille à l'autre. Je les sens onduler, les muscles secoués de rictus et parfois d'enthousiasme. Je déroule et décolle des mots les uns après les autres lentement et pour rester vivante, avec l'entière concentration de cet état hypnotique. Je perçois soudain des corps à l'approche, un groupe d'humains s'assoit à la table en face de moi, interrompant ma conversation silencieuse avec la brassée de fougères de l'autre côté de la fenêtre. Je sors de ma torpeur difficilement. Il va falloir que je me lève de cette chaise.

Samedi 15 mars 2014 à 22:05

Chez toi c'est trop sombre, c'est dans les cabines d'essayage que tu redécouvres ton corps. Ta peau pâle, visage tiré, fatigué, pourtant rieur, cette griffure ici, ce bout de peau abimée à l'épaule, depuis quand ? Les bleus, toujours, le tiroir de la commode à l'infini. Bam. Boum. Hématome. Encore un. Ce petit pli, les poils là, sauvages. Tu ne tiens pas les comptes de ton corps, jamais, tu laisses tout ca vivre son chemin, jusqu'à la prochaine cabine d'essayage.

Samedi 15 mars 2014 à 21:56

 Je suis de celle dont le silence n'épargne rien ni personne.

Vendredi 14 mars 2014 à 0:46

Il est étrange ce soleil, revenu tout à coup. Cette lumière qui irradie, chauffe la peau, l'écorce. Je me sens tellement pâle, je crois que je réfléchis tous ces rayons. Retour à l'expéditeur. Ce n'est pas désagréable mais c'est étrange et vraiment inattendu. C'est cela que j'essaie de formuler, mais je ne trouve pas les mots exacts : je ne me sens pas d'accueillir toute cette vie seule. Hiberner les yeux fermés, c'est facile. Ici, la bouche pleine de fleurs sur le point d'éclore, je voudrais pouvoir donner. Partager ce ciel qui claque. Trop pour moi. Aspire un peu de cette sève...

Vendredi 14 mars 2014 à 0:40

Je vais tout faire pour survivre et même, soyons ambitieux : bien vivre. Garder la conscience éveillée, sensible, ne pas laisser la paresse m'endormir. Tenter de reprendre le contrôle pour enfin lâcher du leste. J'irai vivre dans vos bras, me cacher dans vos étreintes.

Mercredi 12 mars 2014 à 0:59

Mardi midi, c'est musique classique. Je ne sais pas s'il aimerait, s'il aurait aimé, mais je ne peux pas m'empêcher de l'imaginer. J'avais envie de son corps d'ours pour être moelleuse avec lui. Sortez-le de là.

Mercredi 12 mars 2014 à 0:56

Je repense à cet instant l'autre soir, je lui demandais quelque chose en lui grattouillant l'épaule puisqu'il était assis et me faisait dos. Il a pris mes deux mains et les a croisées sur son torse. J'étais tout à coup invitée de part et d'autre de son cou. Oh le doux privilège d'une intimité. Plus tôt dans cette existence, nous n'étions que ça, deux corps l'un à l'autre dans l'amitié.
Il me l'a offert et puis repris, ce ticket d'entrée à ses mains, son dos, ses jambes, ses pieds posés là. Je ne sais pas s'il ne l'a jamais entendu lorsque j'ai essayé de lui expliquer, qu'il était le premier là, dont j'ai su accepter le toucher. L'existence du toucher, personne n'avait su m'en convaincre, il m'a révolutionnée en m'offrant cette entrée à la vie.

Mardi 11 mars 2014 à 0:11

Le soleil a éclaté et les jours reprennent leur poids de lumière. Petite trahison bizarre de l'hiver à l'absence insolente. Emmène-moi. Je te suis n'importe où. J'ai envie d'allonger mes poumons sur le sol et de les regarder battre comme des fous. Je ne veux pas rester là, face à face avec l'ennui. Hisse la grande voile et apparais ! J'ai oublié la sensation de voler; bientôt une vie que je n'ai laissé personne s'approcher. Cela doit pourtant être possible. Les idées sauvages cadencent la perte d'une confiance. Je veux bien tout effacer, ça, les pensées araignées, tout oublier, mais viens, on taille la zone, on s'arrache, en silence et en cris, saute-moi au cou je m'attache à ta hanche, dévalons ce début d'année, essoufflons-nous, éreintons-nous, consolons-nous. Montre-moi ces nuances que je n'entends plus à force de mon écho, épelle-moi les mots que la solitude m'a enlevés, bordel, élargissons veux-tu ? Éclaboussons et endormons-nous. Là, juste là, très fort mais doucement.

Vendredi 7 mars 2014 à 10:54

« N'OUBLIE PAS OÙ TU VAS » tu avais eu l'idée de placarder ces mots partout où tes yeux se posent et se reposent; c'est une bonne idée, tu ne l'as pas encore fait. Prends du papier, ton plus beau marqueur et apprends enfin à encadrer tes pensées. Où tu iras réellement importe peu, ce qui compte désormais, c'est que tu aies envie d'aller. Je suis derrière toi, toujours, quand tu piétines, quand tu chouines, quand tu dors plus que nécessaire; je suis derrière toi dans les tristesses et les folies. Je serai derrière toi dans les lumières et les couleurs, les demains et les renouveaux. Je serai là si tu veux être grande; là aussi si tu veux rester petite. Je n'attends rien de toi, je ne te demande pas de me convaincre de quoique ce soit. Mais je dois dire que tu m'ouvres l'appétit lorsque tu évoques l'idée de dévaliser le supermarché et de révolutionner nos menus. Mettons-nous à table, veux-tu ?

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