Vendredi 12 février 2016 à 0:55

 Je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas.

Depuis que je suis rentrée à Berlin, je ne sors pas de mon lit.

Attends, qu'est-ce que tu crois ? Bien sûr que je sors de mon lit. Je vais bosser. Je suis même presque devenue ponctuelle à l'ouverture du café. Je mets les tables en place, je fredonne le répertoire entier de la chanson française pendant mon service, je souris, je suis légère, je suis colorée, tout le monde est ravi. Bien sûr, que je sors de mon lit, puisque je vais bosser, puisque je dis oui à tout ce qu'on me propose, en ce moment.

Hier j'ai été pendant quelques heures le double lumière de Clive Owen pour la répétition de la cérémonie d'ouverture du festival de cinéma La Berlinale. C'était assez sympathique. Aujourd'hui j'ai jonglé avec des pommes à l'autre bout de la ville. Ce n'était absolument pas ce qu'on me demandait de faire, mais pour une fois que j'avais un produit avec lequel je pouvais jongler...

Depuis que je suis rentrée à Berlin, je ne sors pas de mon lit.

Je ne suis pas profondément coulée dans le désespoir, on m'a vue plus encrassée, avec un épiderme collant gluant puant. Je suis simplement, très simplement : dans mon lit. À toutes les heures où je ne suis pas appelée pour travailler, je suis dans mon lit. Assise précisément contre le mur. À lire ou à regarder des séries. Le matelas se creuse sous mes fesses. Mes fesses deviennent plates. Ma colonne vertébrale se tasse.

Depuis que je suis rentrée à Berlin, l'amoureux est encore la seule chose qui ne rentre pas dans la catégorie " travail " qui me fasse pousser les couvertures et descendre de mon refuge. Je mets mon trousseau de clefs dans ma poche et on va au marché. Bien. Mais dès qu'il file à sa vie, je retourne au lit. J'ai donné le change, j'ai joué la vivante, c'était bien, vraiment, j'ai aimé cet oxygène, maintenant, pardon, mes oreillers m'appellent. J'y vais sans précipitation, sans angoisse, sans pleurs, j'y vais calmement, mais sans détour. Parce que c'est là où je dois être.

Je ne gémis pas, je ne me balance pas d'avant en arrière, je suis juste assise le dos contre le mur, et les après-midi, les soirées, les journées passent.

L'autre matin, un numéro inconnu me réveille tôt, alors que tiens, j'avais la journée devant moi, tranquille, pour moi, tranquille. Je ne sais pas ce qu'il me prend, je réponds. Une collègue me demande de la remplacer, là, tout de suite, parce qu'elle ne se sent pas bien. Tu sais quoi ? J'ai réfléchi deux secondes. Je me suis dit " Louise, ma fille, que vas-tu faire aujourd'hui, que vas-tu faire d'autre que creuser ce trou dans ton matelas ? ". J'ai grogné J'arrive dans le téléphone. Et je suis allée au café pour elle. Je lui ai fais un bisou, je lui ai dit Rentre chez toi. J'ai eu un bouquet de fleurs. J'en suis donc arrivée au point où il vaut mieux aller bosser que d'être livrée à ma liberté. D'habitude, je te jure que je fais absolument tout pour avoir le luxe du contraire.

Aujourd'hui, une cliente qui n'a pas acheté de pommes m'a fait un peu parler de moi. Je lui ai dit que j'étais artiste. Je lui ai dit que j'étais photographe. Et quand elle m'a demandé si j'avais un site internet, j'ai répondu Bien sûr ! avec une spontanéité si douce, si naïve, résolument conne jusqu'à la moelle. Hé, tête de flan, ça fait combien de mois que tu n'as plus de site internet ? Tu te fous de la gueule du monde ou quoi ? T'as pas imprimé ? Non mais t'as fini ton numéro de guignol ?

Pardon, non, je le commence. Je vomis mon appart par les yeux. J'en peux plus de cette cage à rats. Si personnalisée, si décorée, si bien mise en place. Comment ai-je pu venir m'enterrer dans un lieu de vie sans lumière ? J'ai le corps entier qui crie à l'injustice, à la torture, je rêve de rayons de soleil qui lèchent le plancher, d'ombres qui traversent les murs, de murs qui changent légèrement de couleur selon de le bon vouloir du ciel.
Les pigeons recommencent à faire des nids sur mon balcon et j'ai envie de les dégommer. Ça me fait des nœuds dans la bouche d'avoir si peu de plantes, parce que comme moi, elle sont en mode zombie, ici. Je veux un putain de jardin sous mes fenêtres, qu'on se fasse des rails de coquelicots, que je t'éclate la tête dans une jungle de fleurs, que les papillons remplacent les pistolets à confettis.

Les impôts me veulent un paquet d'argent, que je n'ai pas, que je n'ai évidemment jamais eu. Ça me pète la chatte. Je me mets en danger administrativement parce que je n'arrive pas, vraiment, vraiment, vraiment pas à y voir du palpable, du concret. Aller au marché pour ne pas produire de déchets avec des emballages et pour manger régional, c'est concret. Être en règle avec le pays dans lequel je vis, irréel. Quitte à leur donner de vraies raisons de me mettre la misère. Alors que les emballages, eux, ne viendront jamais frapper à ma porte un matin. Non, tu peux dire ce que tu veux, concrètement, non, ils ne feront pas ça. Jamais.

D'habitude, quand on traîne avec l'amoureux dans l'appart, on est bien sûr beaucoup dans le lit parce que c'est bien trop confortable, mais on investit aussi des lieux plus fonctionnels. Comme la cuisine. Tout à l'heure, je me suis rendue compte que, depuis quelques jours, même quand il est là, je ne me sépare plus du matelas. Je le laisser faire les aller-retours entre ici et là-bas, et je ne pose plus mon pied sur le plancher. 

Je lui ai offert notre première dispute. Cadeau. Il fallait bien, non ? Un peu de confrontation, de front tendu, de mâchoires serrées, de sanglots dans la colère, de bouche sèche, de mains moites ? Attends. Depuis des mois qu'on  fait dans le rationnel, dans le doux, dans le beau.

Le beau ? Le doux ? Le rationnel ? Il se trouve, que mon lit, de tout ça, il s'en tape. Mon lit à moi, ce qu'il me murmure, c'est que le reste du monde peut bien aller se faire foutre, que de toutes façons, tout ça, ça n'existe pas, qu'on est invincibles, que ça sert à rien de se prendre la tête, qu'il fera toujours bon sous cette couverture et qu'ils peuvent bien gueuler dehors, on n'entend pas. Ben, je dois te dire, honnêtement, que mon lit est assez crédible, s'il se lançait en politique je lui ferai certainement confiance, il y a quelque chose dans ses promesses qui semble assez réalisable.

Du coup, depuis que je suis rentrée à Berlin, je ne sors plus de mon lit.

Mardi 26 janvier 2016 à 23:56

Ça fonctionne à priori comme ça : quand je rentre de plusieurs semaines de vadrouille, je passe d'abord deux jours dans mon appartement, dans mon sac à dos éventré, au fond de mon lit, un peu réveillée à peine endormie à chercher à me reconnecter ou bien avec l'envie d'une anesthésie. Je suis arrivée hier matin tôt et après avoir entamé une chouine magistrale dans le coin de mes draps, l'amoureux a ouvert la porte de chez moi. Il a dit mon nom plusieurs fois, je n'ai pas répondu, il est venu jusqu'au bord de ma cabane et m'a prise dans ses bras. J'avais entamé une chouine magistrale et je n'étais pas douchée, j'avais dans la peau toutes les énergies sales de paris, du métro, des 13heures de bus, des sacs à dos, des frontières traversées, du sommeil à califourchon dans le voyage. Ce n'était pas beau à voir et j'ai mis un peu de temps à être humaine.
Mais après, la vie est venue et j'ai enfin pu l'embrasser, et entre hier et aujourd'hui, il y a eu : les brocolis à la poêle, la citrouille dans le four, le tiramisu avec les biscuits sans gluten, faire du vélo à deux, le marché le long du canal, la fête à görli, les bus sans tickets, manger avec une amie. Il y a eu le soleil de midi, l'oxygène qui se faisait printemps. Il y a eu deux machines à laver, un antivol perdu, un antivol acheté, des mots, plein de mots, des paroles, des paroles.
D'habitude, quand je rentre de plusieurs semaines de vadrouille, je me terre dans mon appartement jusqu'à ce que germe en moi une timide et lente envie de pousser la porte, jusqu'à ce qu'une raison saugrenue ou une petite joie m'appellent au dehors. Parfois, c'est une mauvaise humeur crantée à l'estomac qui me pousse à aller verser ma bile sur les trottoirs. D'habitude, donc je rentre de voyage et j'attends de voir.
Cette fois-ci, à part cette extrêmement courte parenthèse de chouine hier au petit matin, j'ai vécu comme de naturel, comme de bien entendu, comme si je n'avais pas été partie, comme si je n'avais pas eu le non-goût du retour. Du coup, j'ai un léger bourdonnement dans l'oreille droite, un bruit de fond qui me dit Tu ne t'aies pas encore mangé le mur en pleine tête, tu esquives mais tu ne paies rien pour attendre, et j'ai remarqué, quand deux secondes je fais attention à l'intérieur, qu'en fait j'ai une brique pendue au coeur. 
Demain matin je vais bosser et normalement, je m'arrange toujours pour laisser quelques jours entre mon retour et le premier jour de boulot, histoire de pas me le prendre dans les dents, de ne pas l'avoir en travers la gorge. Là, j'ai raté mon coup. J'suis vraiment pas préparée. Peut-être que ça va passer comme une lettre à la poste. Peut-être que je vais douiller.

C'est toujours plus simple quand c'est compliqué.

Mardi 26 janvier 2016 à 23:26

Putain ! Vivante ! Qui l'eut cru ! Je marche à la rue avec une pétillante joie, j'accoste les gens, je les interpelle, je les surprends, les appelle, leur fait signe et leur demande depuis le balcon de m'indiquer la direction de mes pas. Tout le monde le fait avec sympathie. Je fais pourtant confiance à mon cul pour toujours trouver son chemin, mais j'ai bien trop de plaisir à déranger les gens en train.

Lundi 18 janvier 2016 à 13:05

Il y a un vent à te laver le cerveau, un soleil à te rincer les poumons, je bats du talon mon euphorie sur les trottoirs, je suis seule et libre, je pourrais crier, j'ai la joie qui grelotte, je la garde entre mes gants, on se trémousse de l'intérieur, je ne demande rien d'autre que la vie comme ça, exactement comme ça, avec de la surprise et de l'oxygène. Je marche au hasard et le pied léger, quand personne ne m'accompagne je peux m'enquiller des kilomètres sans pigner.

Lundi 4 janvier 2016 à 16:18

Note : Deux autres formes d'écritures... Le journal des 35 vient d'être mis à jour et a enfin son point final. L'autre journal  garde, lui, les traces des phrases que je laisse dans les réseaux sociaux et est actualisé régulièrement. Bisous doux.

Von jetzt an, jeden Montag, übersetze ich auf deutsch, mit der Hilfe eines lieben Menschen, einen Text den ich geschrieben habe ! Hier links
# auf deutsch !

Jeudi 12 novembre 2015 à 0:07

Kommst du klar, wenn ich nicht klarkomme ? J'ai un double-nœud quelque part entre l’œsophage et l'aorte, bon appétit. Ou est-ce ailleurs ? Du gravier au fond de l'estomac ? Une ou deux côtes cisaillées ? Je ne suis sûre de rien, mais c'est assez désagréable. L'air sent l'amer. J'ai travaillé au café la journée et c'était bien. Humaine : facile. Sourire, dicter à la caisse les commandes, faire les cafés, sourire, ranger, sourire : facile. Quand je rentre, c'est encore facile, je suis portée par l'énergie de la comédie du café. Et puis après, quelque part dans l'appartement entre la porte et le lit, difficile. Qu'est-ce qui se défait en ce moment ? J'ai le syndrome de la loose du mois de novembre. Internet ne m'aide pas. Un article sur la dépression de saison, bim. Un article sur la réussite, boum. Je n'ai le cœur à rien (évidemment, coincé entre les pavés de la nuit, il peine à respirer). J'irai bien dormir mais j'ai les amygdales gonflées. Je les étourdis un peu avec de la lumière d'ordinateur. Toi, moi et les autres on sait que ce n'est pas une solution, mais peut-être qu'elles, mes amygdales, n'y verront que du feu. Allons.

Il me manque un squelette. De la tenue. De la rigueur. De la volonté. Je n'ai aucune force pour m'atteler aux chantiers qui m'attendent, et que je serai pourtant heureuse de pouvoir saluer. S'ils sortaient de terre spontanément. Sans que je doive me pencher au sol pour les nourrir. Sans que je doive les cajoler pour les faire grandir. Ça fait des années que je ne cache pas ma condition de paresseuse. La paresse. D'accord. Mademoiselle, ne seriez-vous pas, aussi, et surtout, défaitiste ?

Si, parfaitement, voilà, oui, défaitiste. Que je (me ) cache, que je (vous) cache dans les couleurs que l'on me connait. C'est admis.

C'est quoi, le plan, maintenant ?

Mardi 10 novembre 2015 à 23:39

J'ai le poumon brûlant et cet amoureux sur les bras, sur la tête. J'ai le ventre tordu depuis quelques dizaines d'heures de jours et si je suis fatiguée je pleure au travail et si je ne suis pas fatiguée je n'ai envie de rien. Je connais ces sensations, je crois que j'ai du avoir les mêmes, secondes pour secondes, au mois de novembre dernier. J'ai tout à coup envie de déambuler seule et de ne parler personne. J'ai des larmes suspendues dans la nuque qui attendent un coup de vent pour pouvoir me renverser. J'ai le poumon brûlant et cet amoureux sur les bras.
L'année dernière j'ai disparu pendant quelques semaines de tous les radars et les amis se sont vraiment inquiétés mais m'ont aussi pardonnée. Cette année, nouveauté, on redistribue les cartes, il y a ce garçon, et depuis quelques dizaines d'heures de jours, il ne fait plus parti d'aucune équation qui me fasse envie, j'ai cet amoureux sur la tête et je ne sais pas si je vais faire quelque chose qui va casser un peu du lien entre nous, un peu de la confiance. J'ai tout à coup envie de déambuler seule et de ne parler personne. Je voudrais qu'il ne soit pas là parce que je voudrais que le monde ne veuille rien de moi. Ça m'arrive souvent, de vouloir la retraite absolue, que l'on ne se souvienne pas que je suis, que je puisse être là. Je le mets où, lui, là-dedans ? Je n'ai pas d'invitation. Ni lui, ni un autre, ni les autres.
Quand j'ai un éclair de bonne humeur, je vais voir un humain de sympathie, je vais faire quelques minutes la vivante, je donne un peu de conversation, je dors dans le lit d'un garçon, je descends un peu de vin en bonne compagnie.
Un éclair de bonne humeur, j'ai cette idée que ça ne suffit pas dans un jeu avec des sentiments. Tu sais, ces sentiments là. J'ai cette idée que ça ne suffit pas et j'ai un peu la peur qui me prend les chevilles.

Dimanche 30 août 2015 à 22:00

Je n'ai pas écrit un mot une ligne une phrase une pensée depuis des mois. Je suis partie un mois, seule, ici, ailleurs, partout, j'ai pensé : je vais écrire. Rien. Que de l'informatif; un nom un prénom une adresse un itinéraire un numéro de portable une ville un nom de spectacle une rue une heure une liste de produits à acheter le titre d'un livre le nom d'un groupe, d'une compagnie, tout ça, tout ça fois dix ou cent peu importe, que de l'informatif. Le reste rien, pas une seule étoile. Il y avait deux carnets dans mon sac à dos rouge, le carnet très fin rouge (aussi) pour le tout et le carnet gris pour le reste. Le carnet gris n'a pas une seule griffure. Vierge. Le carnet très fin rouge est débarbouillé informatif. Chiant.

Je suis rentrée à Berlin et je n'ai pas envie d'apprivoiser la ville. Encore. Elle m'emmerde, la ville. Ses artères ses boyaux sa pulsation. Ce soir, je prends la température dans ma tête, j'essaie d'y respirer, je regarde le sol sous mes pieds et je pense : il va pas falloir que ça tangue. Il va pas falloir que ça tangue. Sous mes pieds quelque part ça s'appelle Berlin, il faut faire avec, avec le sol mais surtout avec les pieds.

Je n'ai pas écrit depuis que je l'ai rencontré. Il a trollé ma tête, quoi de plus naturel. Je fais vachement gaffe à ce que je fais. Ne pas écrire était peut-être une superstition. Ne pas déranger. Ne pas immobiliser. Laisser. Ne pas arrêter une pensée à un endroit pour ne pas l'y retrouver plus tard, ne pas faire de bruit contre les paupières, tout laisser filer sur le petit fil tissé, ce petit fil là tout nouveau et bien étrange, bien inattendu, bien agréable et bien périlleux. Peut-être que j'exagère. Ce pourrait aussi être un simple hasard, pas une superstition. Périlleux, ce n'est pas périlleux, on se flanque toujours des gouffres pas possibles quand on va au début d'une relation, c'est n'importe quoi, ce n'est pas périlleux. Ça demande tout au plus un peu de concentration. Pourquoi le besoin de croire au danger ?

Le danger ce n'est pas lui ni mon lien à lui - le danger c'est moi. Je suis fatiguée. J'aime être serveuse mais être la serveuse du dimanche matin tôt c'est fatigant. J'adore le stress des premières heures, être le premier visage à vous parler, vous accueillir, vous dire Oui, avoir le contrôle, et puis le perdre un peu, renverser un ou deux trucs, faire des erreurs, demander pardon, j'aime ça, vraiment, ce boulot me faire plaisir, mais au bout de quelques heures j'ai souri 863 fois j'ai ri 38 fois j'ai tellement parlé j'ai tellement dit de mots aux gens qui ont passé la porte du café, au bout de quelques heures je me laisse glisser sur le sol derrière le comptoir, le dos contre les frigos je dis aux collègues Je n'existe plus, débrouillez-vous avec les clients, je ne peux plus parler du tout et c'est vrai, quand je dis ça vous entrez dans le café et je vois à travers vous, j'essaie de me cogner la tempe pour revenir à la surface mais mon cerveau est parti je vois le mur derrière votre bouche et j'entends ce que vous dites, et vous arrêtez de parler et vous faites trois mètres, vous vous asseyez, vous attendez désormais, je ne sais déjà plus, il faudra vous redemander en riant ce que vous venez de commander.

J'ai mal aux jambes. Ce soir particulièrement, mais depuis longtemps. La nuit, terriblement. Mollets. Genoux. Genoux, comme une lame de cutter enfoncée par le dessous. Mollets, comme un cercueil en ciment qui serait en train de prendre racine dans le sol tout en se craquelant. Dans les draps, dans le matelas, mes jambes, douleurs. J'ai eu mal aux jambes dès en rentrant à Berlin. Pendant un mois, non. En rentrant, la première nuit, oui. Ce soir, j'ai pensé : c'est mon corps, il faut que j'accepte que mon corps parle en douleur de jambes un point c'est tout. J'ai pensé ça et j'ai pensé tout de suite après à ses jambes à lui : indolores. Je me suis faite cette réflexion. Le premier été où j'ai eu mal aux genoux, c'était après son accident. Pas avant. Je ne cherche pas un lien. Je constate. Lui, plus de jambes. Moi, trop.

Je n'ai pas écrit depuis des mois, j'ai été vraiment perdue avec la masse des choses que j'ai faites ces images que j'ai faites ces mots que j'ai faits j'ai été vraiment incapable de savoir quel sens ça avait ce qu'il fallait en faire et pourquoi et où on irait avec tout ça je ne veux pas déclencher de commentaires sympathiques je constate : le silence de l'écriture, la perte de l'orientation.
Mais surtout, et c'est important, je constate le salvateur plaisir à photographier ces quatre dernières semaines. J'avais réellement, profondément et depuis longtemps, douté que l'image revienne m'effleurer la joie comme ça. Me secouer les neurones, m'anesthésier le bon sens, me donner un souffle de marathonien, me faire palpiter la peau des fesses. Mais si.

Alors je m'inquiète un peu moins - rapport au silence des mots. Ça reviendra si ça revient.
Je m'inquiète juste un peu de moi, et je suis sûre que tu sais exactement comme c'est, parce que c'est pas croyable qu'on soit à ce point tous les mêmes, mais si. Et tellement différents que parfois on s'explose la tête comme des comètes. Corny m'a rapporté tout à l'heure mon parapluie. C'est peut-être pas plus mal.



 

Mercredi 15 juillet 2015 à 21:29

Ce sera ici et certainement mon seul mot de l'été. Clignotants a passé le cap de sa dixième année d'existence dans le silence. Il y avait des tumultes techniques sur la plateforme, ça a été terriblement frustrant et agaçant. Je me suis littéralement arraché quelques cheveux. Mon site s'est envolé dans les limbes de l'internet, et cette page blanche de confidences n'a pas soufflé sa bougie. Amertume. Peu importe désormais.
Mais je tenais tout de même à le noter, 10 ans, tu entends ? C'est un peu la folie, c'est un peu fou, il y a 10 ans : j'avais 15 ans. Une enfant.

Je pars dans quelques jours en vacances. Je reviendrai à la rentrée ici, je bricolerai quelque chose de mieux pour ce contenu, un contenant qui grandisse un peu. Je crois que je veux abandonner le s et prendre un e, que le rendez-vous de ce fil des jours devienne clignotante.

Ce fil qui ne s'est jamais emmêlé, ce fil que je n'ai jamais perdu. Je l'ai parfois caché, parfois tu, mais il est là, tenace. Et c'est sa ténacité qui fait sa beauté, c'est au commencement purement anecdotique, et au final il n'y a pas encore eu de final.

J'ai dit souvent que pour les 10 ans, je sortirai des écrans de l'internet. Je m'étais engagée à graver quelque chose sur du papier. Je ne l'ai pas fait. Certains d'entre vous le savent assez, je tiens peu mes promesses. Pourtant, même si je ne les tiens jamais à l'heure, et jamais non plus en retard, je ne les abandonne pas. Elles ont besoin d'une maturité particulièrement exagérée.

Plus Louise que jamais, je reviens bientôt.

 

Mercredi 15 juillet 2015 à 21:02

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