Dimanche 30 octobre 2016 à 17:02

Et puis tu essaies d'être un humain meilleur, d'être plus calme, moins agressive, de mieux communiquer tes sentiments, d'appréhender les tempêtes, d'anticiper les dérapages, d'imaginer des outils, de fêter les victoires, de garder le cap sur : la clarté

et paf, en trois secondes, ça te fauche, la jalousie
et pire encore que la jalousie : la culpabilité d'être jalouse
quelle amoureuse est jalouse de ses amis ?
non mais vraiment, est-ce que ce monde est sérieux ?

Tu te troues le cul du matin au soir à faire que tout ça ait un peu de sens, le pire du mieux c'est bel et bien que ça fonctionne, que c'est joli et que ça a de la gueule, et puis il dit "truc et machin passent à l'improviste" et tu te retrouves enferrée dans une mauvaise humeur de tueuse.

mais enfin, Louise ? quelle pauvreté d'humanité t'amène ici à cette heure ? quelle marche as-tu ratée dans le gribouillis de ton âme ? y'a clairement un trou quelque part. je pense que c'est même plus une marche dont on parle : tu as du dévaler tout l'escalier.

Maintenant tu es dans la cave. J'irai pas te chercher.

Vendredi 14 octobre 2016 à 20:08

http://clignotants.cowblog.fr/images/2015/DSC1734Bx.jpg

Ce soir, à Berlin, je lis la Lettre à un amoureux. Ce sera à 22:22.
Et pour les petites âmes qui ont envie, il y aura un live dans facebook !

En cliquant sur l'image tu vas sur la page de l'événement où le live sera visible je pense.
Sinon je partagerai le lien sur ma page. Bisous doux.

Mardi 31 mai 2016 à 2:01

 http://clignotants.cowblog.fr/images/2015/DSC3924Bx580.jpg

Lundi 30 mai 2016 à 23:53

Tu n'imagines pas comme c'est bon de ne pas bosser un dimanche, je ne reviens pas, en fait. Je me suis réveillée toute étonnée à 11h30, et en découvrant cette grasse matinée lovée dans mon oreiller je me suis souvenue que les ouvriers ne bossent pas le dimanche, eux, et que du coup, fait exceptionnel, j'ai eu du sommeil à volonté en veux-tu en voilà. Tout est calme dans la cour de l'immeuble, même le balcon flotte, tranquille. Les voisins ni ne toussent ni ne râlent ni n'aboient, pas de portes qui claquent, pas de musique au bord des fenêtres, pas de concierge qui parle à ses chiens, la rue ne bourdonne pas au loin, il n'y a certainement pas de voiture, certainement pas d'humains, certainement pas.
J'ai mangé de la mousse au chocolat avec un brin de bonne humeur au bout de la cuillère, l'impression que le jour m'appartient par tous les bouts et que je pourrais bien en faire une pelote de paresse ce serait égal parce que ce serait délicieux.  J'aime l'idée que les magasins soient fermés, que mon frigo n'ait rien à redire dans le déroulement de ma journée, j'aime l'idée que les dimanches se bricolent toujours d'une manière ou d'un autre, s'improvisent et se colorent comme aucun autre jour de la semaine, dehors il fait été et je vais aller danser.

J'aime les dimanches à Berlin. Ce sont des respirations. Ce sont des pics de liberté.

Peut-être un petit pas réconciliée ? Peut-être pas.

Qu'importe. C'est dimanche.

La vie, quoi.

Lundi 30 mai 2016 à 23:52

J'ai ce cri enragé qui me défonce le ventre depuis hier, emprisonné là dedans à m'en mettre le vertige, à m'en défaire des nausées, je viens de me taper un hurlement d'ogresse dans un ascenseur vide, quelques secondes de rien, quelques secondes de pas assez, depuis je chante je suffoque je grimace je pleure, je respire sans souffle, je tangue aux frontières de la crise d'angoisse, j'ai le cerveau qui roule vers l'arrière et si j'avais une putain de caisse avec un putain de volant bordel de merde, je taillerai la zone, j'irai manger l'écorce d'un arbre jusqu'à avoir la voix qui saigne, je jetterai un duvet dans la nuit et j'irai voir ailleurs si j'y suis. Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, bordel, c'est par où qu'on sort.

Lundi 30 mai 2016 à 23:51

Sie haben mich nicht verdient.

Quand est ce qu'on est seul ? J'ai le monocycle de la colère qui fait des 8 entre mes yeux, qui me broie les arrêtes du nez, il dévale l'escalier de mes cotes, dérape dans un nœud de l'aorte, perd une pédale en butant à l'œsophage. C'est tellement ridicule, un monocycle, je n'en reviens pas qu'il soit si lourd, si brutal, si destructeur. C'est un petit monocycle de rien du tout, à peine équilibriste, même pas véliplanchiste, un petit monocycle qui se prend pour un bulldozer, un chien de combat, une horde de guerriers. Monocycle petit monocycle de rien du tout, que feras-tu quand je fermerai les paupières, toi qui n'a ni phare, ni roulettes ? Monocycle de la colère, la nuit me donnera victoire, tu n'y vois rien en son royaume et tu ne tiendras pas jusqu'à demain, je sortirai gagnante de ce combat de bêtise, alors laisse tomber, va, fous moi la paix. Allez, file, je te dis, cesse de me traîner dans les pattes, tu as l'air de quoi vraiment, à te faire mousser, à te donner du pouvoir, personne n'y croit, tu n'es rien, tout au plus un interrupteur à migraine, et il n'y a pas de gloire à cela, pas de gloire à cela.

Lundi 30 mai 2016 à 23:50

On crie, non, quand est-ce que qu'on crie ? Quand est-ce qu'on crie dans ces putains de ville où il n'y a nulle part, nulle quand où crier. Ces appartements qui se touchent, ces rues jamais vides, ces belles personnes qu'on ne veut pas effrayer. On crie, oui, mais combien, mais comment ? Elle est où, la cascade qui gronde pour couvrir un hurlement, il est où, le fleuve fou pour emporter la voix ? Ça résonne trop ici, trop de béton partout, j'ai encore l'écho du passage des autres humains sous ma peau, c'est bouché, il n'y a pas de ligne de fuite, pas d'horizon par lequel s'échapper. Putain de ville, je te vomis.

Lundi 30 mai 2016 à 23:49

Les gens sont finis à la pisse, de vraies merdes de la cervelle, frustrés à la connerie, élevés sous les pâquerettes, les gens sont des sous-gens, des vomisseurs de bile, des répendeurs de poison, qu'ils aillent au diable, qu'ils aillent se faire empailler, qu'ils restent, enfin ! enfin sans bouger dans leur petit monde étriqué, leur univers noir et sans relief, leur parfaite petite piscine à vomi. Qu'ils se fassent empaller, empailler, et ils l'auront, leur vie où rien ne dépasse, rien se respire. Une vie sans sursaut, une vie sans couleurs, une vie à leur hauteur. J'irai chier sous leur fenêtre, j'irai pisser à leur serrure, et je me casserai en princesse : un crachat de paillettes sur le bitume; une chiasse de confettis dans le caniveau.

Lundi 30 mai 2016 à 23:48

http://clignotants.cowblog.fr/images/2015/DSC3868Bx580.jpg 

Mardi 15 mars 2016 à 15:13

J'ai affreusement mal dormi, j'ai fais la java pendant deux heures dans le lit sans fermer l'oeil, et à 09h58 l'amoureux m'a réveillée en me demandant s'il faisait chauffer de l'eau pour un thé. Comme on n'avait pas mis de réveil et que j'aurais pu rester sous la couette encore des heures, je lui ai fais une grogne de monstre. La journée démarrait mal. 

Emmitouflée dans les oreillers, je me suis rendue compte que Berlin nous faisait un sale coup : un couvercle de grisaille. Quand tu as mangé des mois d'obscurité d'hiver sans fin et que le soleil revient enfin, tu respires, beau et grand, la joie fait des étincelles dans tous les corps passants, les gens courent tout à coup toutes voiles dehors. Quand, au bout de 48h, la ville te reprend ta salade de printemps et s'approche de toi, murmurant Vous reprendrez bien un peu de soupe ?, tu ne tiens pas le coup. Les façades des immeubles reprennent leurs suintantes jérémiades, les poumons redeviennent des abricots secs, on n'y voit même pas clair dans l'appartement, on se croirait dans un début de nuit, on ne distingue rien à 20 centimètres.

Je me suis donc enfoncée, doucement. Je ne suis pas sortie du lit. J'y ai d'abord fait des papotages avec l'amoureux, et puis quand j'ai senti qu'arrivait fatalement le moment où il allait falloir poser le pied sur le parquet, j'ai du me rendre à l'évidence : j'étais devenue une vraie marée noire. Pas juste une mauvaise humeur. J'étais petit poison, j'étais peur panique, j'étais tristesse, j'étais colle dans l'estomac. J'ai essayé de tromper l'ennemi. J'ai demandé à l'amoureux de mettre de la musique, d'allumer toutes les lumières, je me suis dit, Louise, concentre-toi sur le bruit de la vaisselle qu'il lave, pense à du chocolat, la vie n'est certes pas colorée, mais elle est là, sors de ce lit et tiens toi droite.

Les ampoules allumées et la radio ne m'ont pas aidées. Il a fini par me tirer hors du lit et il faisait trop froid. Les radiateurs s'étaient alignés sur le ciel et étaient restés éteints. J'ai atterri sur une chaise dans la cuisine et il m'a dit Allez, viens, dans trois minutes on est dehors.

Oh, merde, Louise, merde, merde, merde, merde.
 Serre les dents. Réfléchis. Tu veux qu'on te fiche la paix, tu veux disparaître du monde, tu veux le fond du fond de ton lit pour toujours. Mais c'est mardi. Si tu ne vas pas au marché aujourd'hui, tu n'auras pas de légumes cette semaine, tu devras aller au supermarché, tu détestes le supermarché, tu t'en voudras. Louise ? J'ai l'estomac en serpillière, une envie de pleurer comme une avalanche, besoin de hurler à l'amoureux comme je n'arrive jamais rien, faire la liste terrible des défaites du quotidien, j'ai du vomi dans le cerveau, des punaises dans la bouche, il faut que je dise comme j'ai mal, que je prenne une grande respiration de larmes, qu'il me console et après, je pourrai sortir. Mais on n'a plus le temps, tu le sais aussi. Il faut que tu t'habilles et que tu sortes. Si tu craques, il y en au moins pour une heure. Ce n'est pas possible, il y a des rendez-vous plus tard. C'est maintenant, Louise. Tu sors et tu as des légumes pour la semaine, ou tu restes au fond de ton lit toute seule. Allez, sors. Je ne peux pas, vraiment, j'en suis littéralement incapable, j'ai une araignée dans l’œsophage et c'est atroce.

La bataille tourniquait dans ma tête et l'amoureux assis en face me souriait, je me demandais ce qu'il voyait de moi, s'il se rendait compte que j'étais prête à exploser en bombe tempête séisme. Je me suis levée, je lui ai fais signe de marcher devant. Il est allé au couloir et a commencé à enfiler sa veste.

Je me suis arrêtée devant les étagères et j'ai pris le verre auquel je pensais depuis une minute, à gauche de la machine à laver. Je l'ai lancé de toutes mes forces contre le sol, j'ai senti l'amoureux sursauter dans mon dos, le verre il a rebondi et ne s'est pas brisé, c'était à prévoir, ça m'a énervée terrible, je l'ai ramassé, j'avais une rage de volcan, je l'ai lancé une deuxième fois contre le sol, le verre a volé en éclats dans toute la cuisine.

Je n'ai pas sourcillé, je n'ai pas regardé l'amoureux, je suis allée m'attacher les cheveux, enfiler un pantalon, prendre mon sac, mettre mes chaussures.

Si je n'avais pas cassé le verre, je n'aurai pas pu sortir de l'appartement. Il m'aurait fallu une éternité pour retrouver le manège de mon humanité. J'ai choisi le verre et on est montés sur le vélo pour aller au marché.

Je n'étais pas fière. Mais soulagée.

<< Aujourd'hui | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | Quand on était plus jeunes >>

Créer un podcast