Mardi 26 janvier 2016 à 23:56

Ça fonctionne à priori comme ça : quand je rentre de plusieurs semaines de vadrouille, je passe d'abord deux jours dans mon appartement, dans mon sac à dos éventré, au fond de mon lit, un peu réveillée à peine endormie à chercher à me reconnecter ou bien avec l'envie d'une anesthésie. Je suis arrivée hier matin tôt et après avoir entamé une chouine magistrale dans le coin de mes draps, l'amoureux a ouvert la porte de chez moi. Il a dit mon nom plusieurs fois, je n'ai pas répondu, il est venu jusqu'au bord de ma cabane et m'a prise dans ses bras. J'avais entamé une chouine magistrale et je n'étais pas douchée, j'avais dans la peau toutes les énergies sales de paris, du métro, des 13heures de bus, des sacs à dos, des frontières traversées, du sommeil à califourchon dans le voyage. Ce n'était pas beau à voir et j'ai mis un peu de temps à être humaine.
Mais après, la vie est venue et j'ai enfin pu l'embrasser, et entre hier et aujourd'hui, il y a eu : les brocolis à la poêle, la citrouille dans le four, le tiramisu avec les biscuits sans gluten, faire du vélo à deux, le marché le long du canal, la fête à görli, les bus sans tickets, manger avec une amie. Il y a eu le soleil de midi, l'oxygène qui se faisait printemps. Il y a eu deux machines à laver, un antivol perdu, un antivol acheté, des mots, plein de mots, des paroles, des paroles.
D'habitude, quand je rentre de plusieurs semaines de vadrouille, je me terre dans mon appartement jusqu'à ce que germe en moi une timide et lente envie de pousser la porte, jusqu'à ce qu'une raison saugrenue ou une petite joie m'appellent au dehors. Parfois, c'est une mauvaise humeur crantée à l'estomac qui me pousse à aller verser ma bile sur les trottoirs. D'habitude, donc je rentre de voyage et j'attends de voir.
Cette fois-ci, à part cette extrêmement courte parenthèse de chouine hier au petit matin, j'ai vécu comme de naturel, comme de bien entendu, comme si je n'avais pas été partie, comme si je n'avais pas eu le non-goût du retour. Du coup, j'ai un léger bourdonnement dans l'oreille droite, un bruit de fond qui me dit Tu ne t'aies pas encore mangé le mur en pleine tête, tu esquives mais tu ne paies rien pour attendre, et j'ai remarqué, quand deux secondes je fais attention à l'intérieur, qu'en fait j'ai une brique pendue au coeur. 
Demain matin je vais bosser et normalement, je m'arrange toujours pour laisser quelques jours entre mon retour et le premier jour de boulot, histoire de pas me le prendre dans les dents, de ne pas l'avoir en travers la gorge. Là, j'ai raté mon coup. J'suis vraiment pas préparée. Peut-être que ça va passer comme une lettre à la poste. Peut-être que je vais douiller.

C'est toujours plus simple quand c'est compliqué.
Par NViyoUbPAv le Dimanche 7 février 2016 à 21:08
 

Vous avez la parlote ?









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