Lundi 16 janvier 2017 à 22:14

Papa,
ce n'est pas tant que tu meures qui m'a retournée et secoué la tête au-dessus du sol, c'est que tu meures naturellement. Quoi ? Attendez, pardon ? C'est l'aorte ? L'aorte, comme une aorte qui cesse d'être là, de faire son boulot d'aorte, l'aorte comme sabotage du navire ?
Après tout ce que la vie t'a mis dans les dents, papa, j'étais persuadée qu'elle n'irait plus te déranger, mais que c'était toi, qui allait lui claquer la porte au nez, que c'était toi, dans votre dispute désormais sans issue, qui allait éteindre la lumière et lui dire de bien aller se faire foutre. Et vois-tu papa, cela me semblait aller de soi, après toutes ces années, j'avais intégré ingéré digéré cette idée que ce serait toi qui partirait à l'heure de ton choix.
On me dit dans l'oreillette que non, c'est bel et bien ton corps qui a lâché, après s'être pourtant accroché à la rambarde du monde sans relâche. On s'est tous demandé d'où venait cette incroyable rage de rester à flot, de ne pas couler, d'où venait et revenait ce corps avec cette monstrueuse force de combat, et qui, sans la moitié du fonctionnel, t'a fait tenir, abîmé mais entier dans la tête. Abîmé parce que tu ne la désirais pas vraiment, cette existence comme elle t'était imposée. Mais tu as été fidèle, fidèle à nous je crois, et arrêtez moi si je me trompe, tu n'aimais pas la tienne de vie, mais tu aimais les nôtres.
Comme beaucoup d'entre nous, mais toi particulièrement, tu n'avais pas d'aisance à dire l'amour. Mais on le savait ton amour, on le devinait et on le mesurait, je savais exactement où tu le mettais, dans quelle inquiétudes, dans quelles maladresses. Ne t'inquiète pas alors, si tu crois être parti sans avoir assez dit. Je nommerai cet amour si tu le veux, on pourra s'amuser à ça, ici entre nous, lister tes sentiments pour nous, que tu n'as pas vraiment su articuler, mais qui étaient bel et bien là.
Papa, attends, je vais dire Jean-Louis, Jean-Louis c'est pour tout le monde. Jean-Louis, je voulais te dire ici que tous là-dedans, là dans cette salle, tous on t'aime. Tu nous as emmerdés, ça oui, certains ont voulu te secouer, d'autres ne savaient pas par quel bout te prendre, ont dû te laisser à tes humeurs bougonnes. Tu n'as pas été facile papa, mais peu importe, on t'a tous aimés, sincèrement, avec respect, avec distance, avec maladresse, on t'a aimé, tu étais toujours toi, avec ton humour, ta provocation, tes pitreries. On t'a tous porté et on a tous souhaité que tu ailles mieux, de près ou de loin, on n'a pas la solution miracle pour être en paix, on ne l'a déjà pas pour nous, comment aurait-on pu l'avoir pour toi ? Mais il n'y a pas de reproches, tu as fait de ton mieux pour t’accommoder de cette vie, et ton mieux avait ses limites. On t'aime jean-louis, et je ne crois pas que l'on ait rien à redire de ton départ.
Moi je préfère que tu ne sois plus là, plutôt que dans ce corps que rien n'allait réparer, qui aurait plus que jamais joué contre toi, avec ses plaies sans guérison.
Va ! La vie ne te tirera plus vers le bas, va en paix, et nous, ceux avec qui l'existence est plus clémente, nous restons et t'aimons.
Papa, attends, une dernière chose ! Je dis je, je dis nous, je parle pluriel ou singulier, mais il est un nom que je veux nommer. Augustin, Augustin le plus petit, le plus petit des grands, Augustin et votre lien si fort. Permets-moi papa, de dire une fois à tous l'amour inconditionnel que tu avais pour ton gars, comme partout et tout le temps tu lui souhaitais le meilleur, et que si tu avais pu, tu lui aurais emballé le meilleur dans un cadeau pour qu'il puisse l'avoir rien que pour lui. Quand je pense à toi, je pense à lui, je me demande ce que vous faites, où vous en êtes, si tu le fais tourner en bourrique. Tu t'en aies voulu de plein de choses, tu avais l'impression que dans ton job de père tu aurais dû lui peindre la vie en rose, tu aurais dû avoir le super pouvoir de l'épargner et le garder en sécurité. Mais ce n'est le job de personne papa; et on se l'ai dit la semaine dernière, comme il a la classe, ton gamin, comme il a l'air d'aller bien, comme il a pris de la lumière et de la grandeur. Ne t'inquiète pas, tu l'aimes et il le sait, il ne t'a jamais boudé jamais repoussé, ne t'inquiète pas, on garde un œil sur lui pour toi, et puis papa, qu'on se le dise : ton fils c'est un putain de beau gosse !
Voilà, je m'arrête là, sur la vie pleine de promesses du plus jeune d'entre nous, j'espère que ça te va comme hommage, papa.
Ici nous vibrons ensemble en ta direction, chacun fera son deuil à sa manière, mais ici et maintenant, à l'unisson, nous t'aimons, papa, nous t'aimons Jean-Louis.
Aucun commentaire n'a encore été ajouté !
 

Vous avez la parlote ?









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://clignotants.cowblog.fr/trackback/3277638

 

<< Aujourd'hui | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | Quand on était plus jeunes >>

Créer un podcast