Lundi 3 septembre 2012 à 7:50

C'est physique. Son odeur me calme. J'en ai fait l'expérience mille fois. Je le sais. Quand il passe près de moi, je peux presque toucher mes sommeils dénoués. Je l'évite. Je ne l'ai pas pris dans mes bras depuis si loin, je suis sur mes gardes. Il a fallu des semaines pour se défaire du besoin tempête de son apaisement. J'ai dilué mes orages colères mes foudres amours. Je suis un petit lait sur le feu et je veille. Je sais que rien ne me libère plus que son étreinte, qu'il est mes plus profondes respirations, mes poumons distendus, mes alvéoles envolées. Mais je veille. Je m'émancipe et vit aux heures tièdes.

C'était une lumière d'hiver ce matin dans le jour qui se lève. Je me répète que ce n'est pas possible, que c'est mon humeur qui a le gris et le froid, que je me trompe moi-même. Je collectionne les couvertures et mes paupières sont lourdes d'envie de dormir. J'ai peur de ce petit battement de coeur vide, après l'été, après l'automne. Cette bulle d'air glacé qui reste collée sous le sein.

Je veille à ne pas effleurer son corps, mais j'autorise les visites de lit. Il est rentré depuis quelques jours, a changé les draps et réinvesti les nuits ici. Je vais me blottir quelques instants oursins dans ses oreillers, je m'hiberne en accéléré. C'est fou comme cette odeur, ce textile, c'est la sensation exacte d'une vie précise et indéfinie, d'un monde qui n'est pas le mien mais m'appartient pour toujours, d'un kilomètre de mémoire et la conviction, la conviction intime qu'une essence de mon existence est à cette place là.
Son lit a été le berceau de mes journées, mon phare, ma tanière, mes tumultes, mes libertés. Son lit c'est moi.

Je vais avoir un appartement, un à moi, juste pour moi. J'ai des idées de construction terribles et il y aura des mobiles partout. Je vais déménager d'immense à minuscule, de joyeux à seule. J'ai hâte en folie de tendre des tissus partout, d'allumer des lumières, de construire des fenêtres, de poser des tables, de regarder le plafond, d'imaginer des possibles. Il faudra de la musique, parce que je serai seule, juste seule. Je crois que je commence à avoir peur de ça, un peu, une petite phobie, le soir quand je rentre ici et que les garçons ne sont pas là tout est trop petit et trop démesuré, je les appelle, je leur demande, les gars vous venez quand, me laissez pas. Une toute petite phobie qui persiste.

Mais ce sera chez moi. Une chez moi amputé, un chez moi sans pluriel, sans nous. Mais ce sera beau. Ce sera une oeuvre de Margot. Il y aura des poissons rouges qui nageront entre les lampions de la cuisine. Et j'aurai un lit à mi chemin entre sol et ciel, un lit cabane, un lit radeau, un lit pour un pour deux. Un lit pour faire dormir Louise. 

Et il faudra bien qu'elle se rende à l'évidence, emmener les belles choses des sensations de lui, ce n'est pas possible.
Par Agnès C. le Mardi 4 septembre 2012 à 19:37
Alvéoles envolées... Wouaou !
Quel beau texte, Louise
Tu as peut-être perdu quelques plumes dans cette histoire, mais celle que tu as gardée est tellement inspirée...
 

Vous avez la parlote ?









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