Mardi 2 février 2010 à 21:10

Hier soir, à l'heure où nous rentrions (quelque part près de minuit), ce devait être les premiers flocons de la nuit. Presque trois fois rien, un infime murmure blanc dans l'obscurité.
Au bout de quelques pas, je me suis rendue compte que la ville retenait son souffle, que nous laissions derrière nous des empreintes invisibles à l'oreille. Ça m'a fait une drôle de sensation, un frisson de plaisir tout le long du corps.
Depuis des semaines, chacune de nos sorties est un un long chemin de bruits en tous genres, une cacophonie lancinante qui rythme nos pensées, à la façon de battements de cœurs bancals désagréables. Il y a la neige-gravier, celle que je croise le plus souvent, et qui fait des bruits de biscuits sous les pieds. Il y a la neige-sable qui envahit des rues entières, un peu molle, on s'enfonce dedans presque discrètement, c'est bizarre. Il y a la neige-patinoire, celle qui nous fait perdre l'équilibre et fait siffler-glisser les semelles de tous les piétons. Il y a la neige qui fond, qui fait des flocs flocs semblables à ceux des flaques de vraie pluie, cette neige là rime  avec soirées humides que l'on fait sécher sur les radiateurs. Il y a la neige-boue, la terrible, la reine de la mauvaise humeur, qui s'invite partout et que l'on regarde avec dégoût, qui gronde et grogne dans tous les coins. Il y a aussi la neige qui a froid, celle qui cristallise et qui craque très aigu quand on la dérange, et puis il y a la neige épaisse qui grommelle quand on l'écrase, et il y a la neige-glacée, qui claque d'un coup quand on l'effleure.

Et là, rien de tout ça, c'était une petite neige sans prétention, une nouvelle-née, un tout petit centimètre de coton sur la surface du monde.
Hier soir, à l'heure où nous rentrions, ce devait être les premiers flocons de la nuit. Il y avait la soirée toute douce qui me chatouillait le ventre, et son regard à lui tout doux qui me chatouillait les lèvres... alors ce minuscule détail, cette promenade silencieuse, nos présences fantômes dans Berlin, j'ai trouvé ça encore plus doux, ça m'a fait tellement de bien, cet instant infiniment petit, ça m'a donné envie, tellement fort, de ne plus bouger, d'arrêter de respirer, et de sourire, sourire, sourire.
Par Eniarduf le Jeudi 4 février 2010 à 19:15
La neige. Celle qui donne le silence. La neige, la nuit et le silence. Ah!
 

Vous avez la parlote ?









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