Mercredi 22 décembre 2010 à 2:25

Ne me laissez plus jamais seule le jour d'avant. S'il vous plait. Ne me laissez pas sans surveillance quand le jour d'avant est arrivé. Le jour d'avant le train. Le jour d'avant l'avion. Quand, pour toutes les raisons du monde et des frontières et du temps, ma vie bascule systématiquement dans l'empire du non-sens, de la déraison, de la folie. J'ai tellement pleuré aujourd'hui, ces pleurs que l'on connait peu, ceux qui font réellement mal, quand le corps devient une petite chose complètement incontrôlée, et qu'au bout de plusieurs heures, les larmes sont des cris et des chants sans fin. Cet état là est un état terrible, plus de respiration, plus rien, tout est bloqué, l'air ne se résume qu'à un collier de hoquets irréguliers, de sursauts d'oxygène pour replonger dans une apnée douloureuse. Le torse balancé d'avant en arrière comme le ferait quelqu'un enfermé dans une camisole, j'ose encore imaginer réussir à me calmer. Mais le calme ne vient pas. J'en finis par penser que cela ferait une belle scène de théâtre, si je savais le refaire. Je crois que je pourrais essayer. Il faudrait que je m'assoie, que je laisse s'effondrer une à une toutes les coutures de mon corps, que je pleure jusqu'à n'être plus qu'un gémissement, et après, dans la toute fin du désespoir, il y a ces instants que je n'ai vécu qu'une fois ou deux, peut-être. Quand tu es tellement seul, dans ton corps, dans ta tête, dans l'espace, quant tu as tellement mal, là, physiquement, quand la matière part en vrille et te torpille le bon-sens, quand, pour finir, tes mains te prennent la peau par tous les bouts. Je pleure je pleure je pleure et mes mains errent sur moi, complètement irraisonnées, je ne les contrôle pas, elles touchent palpent consolent enserrent font mal caressent attrapent pincent s'enfoncent à pleines paumes dans la souffrance, elles malaxent aèrent grommellent chancellent et je voudrais les ramener à moi, qu'elles m'aident à me relever, qu'elles me servent d'appui, qu'elles se rendent utiles, qu'on aille chercher un verre d'eau dans la cuisine, mais rien n'y fais, je me balance d'avant en arrière et elles dansent dans ma tristesse, sans fin, sans fin, sans fin.

Plus tard, je retrouve la face, je vais vite fait montrer mon visage tiré au cours de théâtre. Je grelotte. Je claque des dents. Je frissonne. Je claque des dents compulsivement, encore, encore et encore, plusieurs fois par minute. Très vite très rapide bruitage saccadé et complètement incontrôlé. Cela fait maintenant six heures que cela dure. Je fatigue.

Ici, le linge n'a pas sèché. La chambre est toujours pleine de bouts de papier cadeau partout.  Des légumes trainent sur le tapis coloré. Le sac n'est même pas choisi, alors, évidemment, pas non plus rempli. J'ai, comme d'habitude, comme à chaque fois, le besoin irrépressible d'un garçon. N'importe lequel de ceux qui ont ma confiance, n'importe lequel pourvu que cela m'apaise. Cette nuit, ce sera sans.

Il fait tellement froid dans ma chambre, je claque des dents et ne sais plus bouger. Je pars dans moins de deux heures.
Par Fernand le Dimanche 6 février 2011 à 6:15
 

Vous avez la parlote ?









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