Mardi 10 mars 2009 à 15:52

Je sens la poussière de feu de cheminée. Je sens les braises qui s'essoufflent, s'éteignent. Je sens le bois noirci, calciné.

Quand je ferme les paupières, ça fait le même bruit désagréable qu'une porte que l'on pousse avec des petits cailloux coincés en dessous qui raclent et qui raillent le sol.

Je ne pleure pas je ne crie pas je ne ris pas je n'ai envie de rien je n'écris pas je ne photographie pas je m'éteins.

Je me déshabille je m'effeuille je laisse tomber mes vêtements sur le tapis je suis nue je tourne le dos à la porte je tombe sur l'oreiller je m'enfouis dans les draps.

Et j'attends les yeux fermés que l'on m'annonce la fin de cette mascarade. Je suis paisible parce que je n'y crois pas. Je sais bien que c'est impossible que tout ait basculé comme ça.

Ce matin encore les pas de ma mère se rapprochaient de ma chambre, elle a ouvert la porte
« Il est au bloc opératoire depuis cinq heures du matin le chirurgien peut appeler à tous moments pour dire que.»

J'avais les yeux fermés, j'ai soupiré, je me suis demandé à quoi ça rimait tant d'acharnement dans un seul corps, tant de sabotages aux souffles de vie.

Elle est revenue à 07h30, elle a dit
« Il est vivant, il est dans sa chambre.» Je n'avais pas bougé, à quoi ça sert que je bouge, je n'ai pas bougé, je l'ai écoutée pleurer crier dans le téléphone.

Je me suis traînée ici et là, il pleut et j'avais envie de me rouler nue dans la terre humide dans les branches mortes de faire des photos de fragilité de douleur d'abandon et je n'ai pas eu la force.

Alors je me suis déshabillée effeuillée j'ai laissé tomber mes vêtements sur le tapis je suis nue je tourne le dos à la porte enfouie dans l'oreiller glissée sous les draps.

Et j'attends les yeux fermés que l'on m'annonce la fin de cette mascarade. Je suis paisible parce que je n'y crois pas. Je sais bien que c'est impossible que tout ait basculé comme ça.
Par bulle2coton le Mercredi 11 mars 2009 à 15:10
Margot. Quand je lis je me revois avec mon chagrin en ballon de baudruche entre les côtes et les omoplates. Un ballon de baudruche super lourd. Un qui retient toutes les larmes jusqu'à ce qu'il éclate. Et, il peut en contenir des centaines. Je me revois, dans l'absence de ma vie. Dans le rien. Pas les larmes, pas les cris, pas les sourires. Le néant. Margot ich denke an dich puissance mille. Et je prends le temps avant de me replonger tête baissée dans les dates de 1789 à 1815 et dans la sociologie d'écrire ici. Parce que toi.

"Si l'on pouvait exister ailleurs et autrement." (décidément, je ne crois plus au hasard)
 

Vous avez la parlote ?









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