Mardi 31 mai 2016 à 2:01

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Lundi 30 mai 2016 à 23:53

Tu n'imagines pas comme c'est bon de ne pas bosser un dimanche, je ne reviens pas, en fait. Je me suis réveillée toute étonnée à 11h30, et en découvrant cette grasse matinée lovée dans mon oreiller je me suis souvenue que les ouvriers ne bossent pas le dimanche, eux, et que du coup, fait exceptionnel, j'ai eu du sommeil à volonté en veux-tu en voilà. Tout est calme dans la cour de l'immeuble, même le balcon flotte, tranquille. Les voisins ni ne toussent ni ne râlent ni n'aboient, pas de portes qui claquent, pas de musique au bord des fenêtres, pas de concierge qui parle à ses chiens, la rue ne bourdonne pas au loin, il n'y a certainement pas de voiture, certainement pas d'humains, certainement pas.
J'ai mangé de la mousse au chocolat avec un brin de bonne humeur au bout de la cuillère, l'impression que le jour m'appartient par tous les bouts et que je pourrais bien en faire une pelote de paresse ce serait égal parce que ce serait délicieux.  J'aime l'idée que les magasins soient fermés, que mon frigo n'ait rien à redire dans le déroulement de ma journée, j'aime l'idée que les dimanches se bricolent toujours d'une manière ou d'un autre, s'improvisent et se colorent comme aucun autre jour de la semaine, dehors il fait été et je vais aller danser.

J'aime les dimanches à Berlin. Ce sont des respirations. Ce sont des pics de liberté.

Peut-être un petit pas réconciliée ? Peut-être pas.

Qu'importe. C'est dimanche.

La vie, quoi.

Lundi 30 mai 2016 à 23:52

J'ai ce cri enragé qui me défonce le ventre depuis hier, emprisonné là dedans à m'en mettre le vertige, à m'en défaire des nausées, je viens de me taper un hurlement d'ogresse dans un ascenseur vide, quelques secondes de rien, quelques secondes de pas assez, depuis je chante je suffoque je grimace je pleure, je respire sans souffle, je tangue aux frontières de la crise d'angoisse, j'ai le cerveau qui roule vers l'arrière et si j'avais une putain de caisse avec un putain de volant bordel de merde, je taillerai la zone, j'irai manger l'écorce d'un arbre jusqu'à avoir la voix qui saigne, je jetterai un duvet dans la nuit et j'irai voir ailleurs si j'y suis. Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, bordel, c'est par où qu'on sort.

Lundi 30 mai 2016 à 23:51

Sie haben mich nicht verdient.

Quand est ce qu'on est seul ? J'ai le monocycle de la colère qui fait des 8 entre mes yeux, qui me broie les arrêtes du nez, il dévale l'escalier de mes cotes, dérape dans un nœud de l'aorte, perd une pédale en butant à l'œsophage. C'est tellement ridicule, un monocycle, je n'en reviens pas qu'il soit si lourd, si brutal, si destructeur. C'est un petit monocycle de rien du tout, à peine équilibriste, même pas véliplanchiste, un petit monocycle qui se prend pour un bulldozer, un chien de combat, une horde de guerriers. Monocycle petit monocycle de rien du tout, que feras-tu quand je fermerai les paupières, toi qui n'a ni phare, ni roulettes ? Monocycle de la colère, la nuit me donnera victoire, tu n'y vois rien en son royaume et tu ne tiendras pas jusqu'à demain, je sortirai gagnante de ce combat de bêtise, alors laisse tomber, va, fous moi la paix. Allez, file, je te dis, cesse de me traîner dans les pattes, tu as l'air de quoi vraiment, à te faire mousser, à te donner du pouvoir, personne n'y croit, tu n'es rien, tout au plus un interrupteur à migraine, et il n'y a pas de gloire à cela, pas de gloire à cela.

Lundi 30 mai 2016 à 23:50

On crie, non, quand est-ce que qu'on crie ? Quand est-ce qu'on crie dans ces putains de ville où il n'y a nulle part, nulle quand où crier. Ces appartements qui se touchent, ces rues jamais vides, ces belles personnes qu'on ne veut pas effrayer. On crie, oui, mais combien, mais comment ? Elle est où, la cascade qui gronde pour couvrir un hurlement, il est où, le fleuve fou pour emporter la voix ? Ça résonne trop ici, trop de béton partout, j'ai encore l'écho du passage des autres humains sous ma peau, c'est bouché, il n'y a pas de ligne de fuite, pas d'horizon par lequel s'échapper. Putain de ville, je te vomis.

Lundi 30 mai 2016 à 23:49

Les gens sont finis à la pisse, de vraies merdes de la cervelle, frustrés à la connerie, élevés sous les pâquerettes, les gens sont des sous-gens, des vomisseurs de bile, des répendeurs de poison, qu'ils aillent au diable, qu'ils aillent se faire empailler, qu'ils restent, enfin ! enfin sans bouger dans leur petit monde étriqué, leur univers noir et sans relief, leur parfaite petite piscine à vomi. Qu'ils se fassent empaller, empailler, et ils l'auront, leur vie où rien ne dépasse, rien se respire. Une vie sans sursaut, une vie sans couleurs, une vie à leur hauteur. J'irai chier sous leur fenêtre, j'irai pisser à leur serrure, et je me casserai en princesse : un crachat de paillettes sur le bitume; une chiasse de confettis dans le caniveau.

Lundi 30 mai 2016 à 23:48

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Mardi 15 mars 2016 à 15:13

J'ai affreusement mal dormi, j'ai fais la java pendant deux heures dans le lit sans fermer l'oeil, et à 09h58 l'amoureux m'a réveillée en me demandant s'il faisait chauffer de l'eau pour un thé. Comme on n'avait pas mis de réveil et que j'aurais pu rester sous la couette encore des heures, je lui ai fais une grogne de monstre. La journée démarrait mal. 

Emmitouflée dans les oreillers, je me suis rendue compte que Berlin nous faisait un sale coup : un couvercle de grisaille. Quand tu as mangé des mois d'obscurité d'hiver sans fin et que le soleil revient enfin, tu respires, beau et grand, la joie fait des étincelles dans tous les corps passants, les gens courent tout à coup toutes voiles dehors. Quand, au bout de 48h, la ville te reprend ta salade de printemps et s'approche de toi, murmurant Vous reprendrez bien un peu de soupe ?, tu ne tiens pas le coup. Les façades des immeubles reprennent leurs suintantes jérémiades, les poumons redeviennent des abricots secs, on n'y voit même pas clair dans l'appartement, on se croirait dans un début de nuit, on ne distingue rien à 20 centimètres.

Je me suis donc enfoncée, doucement. Je ne suis pas sortie du lit. J'y ai d'abord fait des papotages avec l'amoureux, et puis quand j'ai senti qu'arrivait fatalement le moment où il allait falloir poser le pied sur le parquet, j'ai du me rendre à l'évidence : j'étais devenue une vraie marée noire. Pas juste une mauvaise humeur. J'étais petit poison, j'étais peur panique, j'étais tristesse, j'étais colle dans l'estomac. J'ai essayé de tromper l'ennemi. J'ai demandé à l'amoureux de mettre de la musique, d'allumer toutes les lumières, je me suis dit, Louise, concentre-toi sur le bruit de la vaisselle qu'il lave, pense à du chocolat, la vie n'est certes pas colorée, mais elle est là, sors de ce lit et tiens toi droite.

Les ampoules allumées et la radio ne m'ont pas aidées. Il a fini par me tirer hors du lit et il faisait trop froid. Les radiateurs s'étaient alignés sur le ciel et étaient restés éteints. J'ai atterri sur une chaise dans la cuisine et il m'a dit Allez, viens, dans trois minutes on est dehors.

Oh, merde, Louise, merde, merde, merde, merde.
 Serre les dents. Réfléchis. Tu veux qu'on te fiche la paix, tu veux disparaître du monde, tu veux le fond du fond de ton lit pour toujours. Mais c'est mardi. Si tu ne vas pas au marché aujourd'hui, tu n'auras pas de légumes cette semaine, tu devras aller au supermarché, tu détestes le supermarché, tu t'en voudras. Louise ? J'ai l'estomac en serpillière, une envie de pleurer comme une avalanche, besoin de hurler à l'amoureux comme je n'arrive jamais rien, faire la liste terrible des défaites du quotidien, j'ai du vomi dans le cerveau, des punaises dans la bouche, il faut que je dise comme j'ai mal, que je prenne une grande respiration de larmes, qu'il me console et après, je pourrai sortir. Mais on n'a plus le temps, tu le sais aussi. Il faut que tu t'habilles et que tu sortes. Si tu craques, il y en au moins pour une heure. Ce n'est pas possible, il y a des rendez-vous plus tard. C'est maintenant, Louise. Tu sors et tu as des légumes pour la semaine, ou tu restes au fond de ton lit toute seule. Allez, sors. Je ne peux pas, vraiment, j'en suis littéralement incapable, j'ai une araignée dans l’œsophage et c'est atroce.

La bataille tourniquait dans ma tête et l'amoureux assis en face me souriait, je me demandais ce qu'il voyait de moi, s'il se rendait compte que j'étais prête à exploser en bombe tempête séisme. Je me suis levée, je lui ai fais signe de marcher devant. Il est allé au couloir et a commencé à enfiler sa veste.

Je me suis arrêtée devant les étagères et j'ai pris le verre auquel je pensais depuis une minute, à gauche de la machine à laver. Je l'ai lancé de toutes mes forces contre le sol, j'ai senti l'amoureux sursauter dans mon dos, le verre il a rebondi et ne s'est pas brisé, c'était à prévoir, ça m'a énervée terrible, je l'ai ramassé, j'avais une rage de volcan, je l'ai lancé une deuxième fois contre le sol, le verre a volé en éclats dans toute la cuisine.

Je n'ai pas sourcillé, je n'ai pas regardé l'amoureux, je suis allée m'attacher les cheveux, enfiler un pantalon, prendre mon sac, mettre mes chaussures.

Si je n'avais pas cassé le verre, je n'aurai pas pu sortir de l'appartement. Il m'aurait fallu une éternité pour retrouver le manège de mon humanité. J'ai choisi le verre et on est montés sur le vélo pour aller au marché.

Je n'étais pas fière. Mais soulagée.

Vendredi 4 mars 2016 à 22:31

Lundi 29 février 2016 à 23:39

Je crois que j'ai le fond de la tête qui a déraillé. J'ai un peu de mal à voir de quel côté la locomotive est tombée. Ça faisait longtemps je crois, que je n'avais pas été si... laissée seule avec moi, sans note d'explication. Comme si la voix douce qui m'accompagne, celle qui analyse et raisonne, celle qui me rattrape quand je suis trop amère, celle qui m'aide à sauver un peu de cohérence quand je vrille, comme si ma voix intérieure était partie faire un tour. Je crois qu'elle a oublié de me prévenir.

Cette semaine, j'ai eu deux crises de mutisme.

Je n'avais pas fait ça depuis Corny. Ça m'arrivait tout le temps avec lui, je me souviens si bien, c'était l'été dans notre chambre du 4ème étage, on était amoureux depuis quelques secondes de vie et je restais coincée des heures entières sans pouvoir parler, assise au bord du lit les bras croisés autour des jambes ou recroquevillée au fond d'un oreiller. Ça le rendait complètement fou. J'avais mal comme jamais. On finissait par se déchirer. 

Cette semaine, ce monstre de silence est revenu me visiter. J'ai un mécanisme dans le crâne qui a lâché, je ne sais pas depuis quand, je ne sais pas lequel, je ne vois vraiment pas d'où ça vient. Mais quand on a discuté, avec l'amoureux, de choses importantes, d'émotions négatives charriées par de petits événements, de l'attention que l'on devait s'essayer à porter à ces petits événements pour nous préserver et garder une communication saine, quand on a parlé de ces choses que l'on discute continuellement depuis tous ces mois que l'on est ensemble, quand on a fait ça, il y a quelque chose qui a perdu pied, un meuble de mon bon sens qui s'est noyé, un tiroir de ma raison qui est tombé dans un sable mouvant.

Et je me suis tue, quelques secondes. J'ai eu l'idée de quelques mots que j'avais envie de dire, et ils ne sont pas sortis. J'ai porté mon attention sur ces mots qui venaient de rester dans ma tête alors que je les voulais dans la pièce entre l'amoureux et moi, et c'est là que je l'ai senti. Une vague lente mais décidée, une vague, liquide, épaisse, opaque, qui, depuis le bas de mon ventre, remontait jusqu'à mon plexus solaire. Une remontée de ciment qui pesait une tonne. J'avais comme un engourdissement et une douleur diffuse. J'essayais de dire les mots que je voulais dire quelques secondes plutôt mais ma bouche restait fermée, comme si elle l'avait toujours été. Aux premiers mots venaient s'ajouter d'autres mots, ceux de la panique, il y avait des phrases qui commençaient à tourner très fort à côté de moi, écrites en noir, elles tournaient fort et la vase mutique continuaient de ramper pour me retrouver, pour me retrouver là où j'étais réfugiée : dans ma tête. Quand la sorte de boue a éteint ma gorge, j'ai eu des cris de pleurs coincés en travers, la sensation aiguë d'être emprisonnée et j'avais les yeux fous qui regardaient partout, sans s'arrêter une seconde sur quelque chose, comme si tout avait pu être une issue de secours mais que rien de l'était.

C'était comme une crise de panique de silence. La première fois, j'ai fini en pleurs, la bouche tordue dans le visage, j'ai vidangé toutes les pensées de mon corps dans le lit de l'amoureux avec une tonne de larmes. La deuxième fois, avant que la vague n'atteigne ma gorge, j'ai couru dans la cuisine et je me suis dise à dire des mots, n'importe lesquels, sans m'arrêter, pour ne pas perdre ma voix une seule seconde, pour ne pas laisser mes lèvres se coudre l'une à l'autre, j'ai dis des mots, le peu que j'avais encore dans les poumons, j'ai parlé parlé parlé aux murs, pour trouver une respiration, pour ne pas tomber, pour ne pas pleurer, j'ai chanté, j'ai chanté des chansons dont je savais les paroles, pour occuper ma tête avec un peu couleurs, pour tromper la douleur un instant.

Je crois que j'ai le fond de la tête qui a déraillé. Je suis sensible à des endroits où je n'ai pas l'habitude de l'être, je me brise pour un rien, je deviens excessivement amère quand je suis contrariée, j'ai les émotions qui partent dans tous les sens et un monstre de silence qui rode. Je ne devrais certainement pas en faire toute une histoire. Hier soir, j'ai tellement eu l'impression d'être folle, et l'effort que j'ai du construire pour rejoindre l'amoureux dans la chambre et recommencer à parler avec lui sans perdre pied, cet effort m'a semblé si gigantesque. Cette semaine, j'ai une fissure dans le plexus solaire et je crois qu'un vent a emporté mes bricolages moelleux, ceux qui, brodés sous ma peau, me rendaient humainement viable -

Cette nuit, j'ai dormi douze heures et demi.

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