Lundi 16 janvier 2017 à 22:16

Ce soir, le petit garçon qui met du vernis sur ses pieds d'enfant merveilleux a répété des minutes entières, sans pause et sans interruption " ze veux dormir avec Louise " et son bébé de petite soeur m'a tendu les bras à l'infini, et c'est précieux et beau et précieux encore et précieux et si précieux. C'est tout ce que j'ai souhaité aujourd'hui, le réconfort auprès de ces deux humains si petits si jeunes, c'est tout ce que j'ai souhaité, profiter quelques minutes de la hauteur de leur enfance, et ils sont venus à moi avec mille fois plus d'amour que je n'aurai osé imaginer et c'était un beau hasard, une belle circonstance, une rencontre au poil, au fil, au funambule.

Lundi 16 janvier 2017 à 22:14

Papa,
ce n'est pas tant que tu meures qui m'a retournée et secoué la tête au-dessus du sol, c'est que tu meures naturellement. Quoi ? Attendez, pardon ? C'est l'aorte ? L'aorte, comme une aorte qui cesse d'être là, de faire son boulot d'aorte, l'aorte comme sabotage du navire ?
Après tout ce que la vie t'a mis dans les dents, papa, j'étais persuadée qu'elle n'irait plus te déranger, mais que c'était toi, qui allait lui claquer la porte au nez, que c'était toi, dans votre dispute désormais sans issue, qui allait éteindre la lumière et lui dire de bien aller se faire foutre. Et vois-tu papa, cela me semblait aller de soi, après toutes ces années, j'avais intégré ingéré digéré cette idée que ce serait toi qui partirait à l'heure de ton choix.
On me dit dans l'oreillette que non, c'est bel et bien ton corps qui a lâché, après s'être pourtant accroché à la rambarde du monde sans relâche. On s'est tous demandé d'où venait cette incroyable rage de rester à flot, de ne pas couler, d'où venait et revenait ce corps avec cette monstrueuse force de combat, et qui, sans la moitié du fonctionnel, t'a fait tenir, abîmé mais entier dans la tête. Abîmé parce que tu ne la désirais pas vraiment, cette existence comme elle t'était imposée. Mais tu as été fidèle, fidèle à nous je crois, et arrêtez moi si je me trompe, tu n'aimais pas la tienne de vie, mais tu aimais les nôtres.
Comme beaucoup d'entre nous, mais toi particulièrement, tu n'avais pas d'aisance à dire l'amour. Mais on le savait ton amour, on le devinait et on le mesurait, je savais exactement où tu le mettais, dans quelle inquiétudes, dans quelles maladresses. Ne t'inquiète pas alors, si tu crois être parti sans avoir assez dit. Je nommerai cet amour si tu le veux, on pourra s'amuser à ça, ici entre nous, lister tes sentiments pour nous, que tu n'as pas vraiment su articuler, mais qui étaient bel et bien là.
Papa, attends, je vais dire Jean-Louis, Jean-Louis c'est pour tout le monde. Jean-Louis, je voulais te dire ici que tous là-dedans, là dans cette salle, tous on t'aime. Tu nous as emmerdés, ça oui, certains ont voulu te secouer, d'autres ne savaient pas par quel bout te prendre, ont dû te laisser à tes humeurs bougonnes. Tu n'as pas été facile papa, mais peu importe, on t'a tous aimés, sincèrement, avec respect, avec distance, avec maladresse, on t'a aimé, tu étais toujours toi, avec ton humour, ta provocation, tes pitreries. On t'a tous porté et on a tous souhaité que tu ailles mieux, de près ou de loin, on n'a pas la solution miracle pour être en paix, on ne l'a déjà pas pour nous, comment aurait-on pu l'avoir pour toi ? Mais il n'y a pas de reproches, tu as fait de ton mieux pour t’accommoder de cette vie, et ton mieux avait ses limites. On t'aime jean-louis, et je ne crois pas que l'on ait rien à redire de ton départ.
Moi je préfère que tu ne sois plus là, plutôt que dans ce corps que rien n'allait réparer, qui aurait plus que jamais joué contre toi, avec ses plaies sans guérison.
Va ! La vie ne te tirera plus vers le bas, va en paix, et nous, ceux avec qui l'existence est plus clémente, nous restons et t'aimons.
Papa, attends, une dernière chose ! Je dis je, je dis nous, je parle pluriel ou singulier, mais il est un nom que je veux nommer. Augustin, Augustin le plus petit, le plus petit des grands, Augustin et votre lien si fort. Permets-moi papa, de dire une fois à tous l'amour inconditionnel que tu avais pour ton gars, comme partout et tout le temps tu lui souhaitais le meilleur, et que si tu avais pu, tu lui aurais emballé le meilleur dans un cadeau pour qu'il puisse l'avoir rien que pour lui. Quand je pense à toi, je pense à lui, je me demande ce que vous faites, où vous en êtes, si tu le fais tourner en bourrique. Tu t'en aies voulu de plein de choses, tu avais l'impression que dans ton job de père tu aurais dû lui peindre la vie en rose, tu aurais dû avoir le super pouvoir de l'épargner et le garder en sécurité. Mais ce n'est le job de personne papa; et on se l'ai dit la semaine dernière, comme il a la classe, ton gamin, comme il a l'air d'aller bien, comme il a pris de la lumière et de la grandeur. Ne t'inquiète pas, tu l'aimes et il le sait, il ne t'a jamais boudé jamais repoussé, ne t'inquiète pas, on garde un œil sur lui pour toi, et puis papa, qu'on se le dise : ton fils c'est un putain de beau gosse !
Voilà, je m'arrête là, sur la vie pleine de promesses du plus jeune d'entre nous, j'espère que ça te va comme hommage, papa.
Ici nous vibrons ensemble en ta direction, chacun fera son deuil à sa manière, mais ici et maintenant, à l'unisson, nous t'aimons, papa, nous t'aimons Jean-Louis.

Lundi 16 janvier 2017 à 22:12

Alors ça y est papa, tu es parti.
Le coup de téléphone, c'était il y a quelques secondes.
Je ne sais pas encore comment tu es parti, si c'est arrivé ou si tu l'as choisi. Je me demande s'il est quelqu'un avec qui tu as autant déconné de ton suicide que moi. Ce n'est pas tant qu'on en riait, plus que ce n'était pas un tabou. Que tu l'évoquais, je ne le balayais pas au lointain, je te disais que oui, je savais, que ça faisait toujours parti des chemins possibles de ta vie.
Je ne sais encore rien et j'ai cette conviction pourtant que tu y as été de ton plein gré. Peut-être un appel dans quelques minutes me donnera tord, m'énoncera la mort naturelle.
Je souhaites juste papa, que tu aies revu Augustin, lui qui plus que quiconque sur cette planète a été exposé à toi, a vécu les tumultes du lien avec toi et les affres de ton mal de vivre. Vous avez été tellement liés et tellement le nez l'un dans l'autre, j'espère de toutes mes forces que tu as eu ce geste d'une soirée normale à mettre comme dernière dans son calendrier à lui, le plus petit, le plus petit des grands, le bel humain en devenir.
Pour nous, ne t'inquiète pas, on le sait que ce n'est pas adressé au reste du monde, que ce n'est adressé qu'à tes intérieurs, qu'à tes organes vie et tes mésententes avec les arrangement d'être conscient.
Je ne t'en veux de rien, nulle part, papa, il n'y a pas de colère, pas de reproche, je te le promets.
Il y évidemment le choc, mais ce sera tout pour moi. Je sais que tu as fait de ton mieux pour t’accommoder de cette humanité, et que ton mieux avait ses limites que personne ne remettait en cause. Que je ne laisserai personne remettre en cause.
Je me pose en gardienne devant ton départ, papa, je ne laisserai rien insinuer que tu as été faible, je me tiens ici, droite face à ton départ, je me tiens ici avec qui voudra, je te laisse partir si c'est ce que tu voulais, tu as été toujours toi, avec ton humour, ta provocation, tes pitreries, sans naturel pour dire l'amour.
Ne t'en fais pas, va, ton amour, on le sait, on le devine et on le mesure, je sais exactement où tu le mettais, dans quelles inquiétudes, dans quelles maladresses. Je nommerai cet amour si tu le veux, on pourra s'amuser à ça, ici entre nous, lister les preuves d'amour de toi à nous, que tu n'as pas vraiment su articuler mais qui était bel et bien là.
Je te préfère parti que dans ce corps que rien n'allait réparer, que dans ce corps qui aurait plus que jamais joué contre toi, avec ses plaies sans guérison.
Ne t'inquiète pas, respire, tu peux respirer désormais, la vie ne viendra plus te tirer vers le bas, tu t'es affranchi de ça, tu t'es défait de son emprise, va !
Nous, ceux avec qui la vie est plus clémente, nous restons, nous restons et t'aimons.

Dimanche 30 octobre 2016 à 17:03

C'est toujours quand tu bosses le lendemain que tu pètes une pile, que tu pleures comme une enfant, alors que tu voudrais tant dormir. Ça ne t'arrive jamais quand le jour d'après tu as libre, ce serait trop facile, tu pourrais aller courir la nuit pour te vider le corps. Mais là tu restes entortillée à tes oreillers parce que tu voudrais avoir du sommeil pour avoir de la force au matin, et pourtant avec insistance toujours tes mâchoires recommencent à trembler, tu as de la chaleur trop dans le dos, tu as mangé tellement, tellement, tellement de chocolat aujourd'hui, le sucre d'artifice dans ta tête, tu regardes le spectacle et c'est si triste. Je suis assez tétanisée ces jours ci et je ne veux surtout pas nommer cela, surtout pas, je pousse de toutes mes forces la tétanie contre les murs parce que je ne veux pas qu'elle soit là, je ne veux pas m'en occuper, je ne veux pas la discuter. 
Quand j'étais adolescente parfois j'ai voulu mourir, adulte plus jamais je n'envisage la mort, c'est trop dramatique, mais parfois je regrette que la disparition n'existe pas, un coup de chiffon et hop, tout cela n'est jamais arrivé, je ne suis jamais née.

Dimanche 30 octobre 2016 à 17:02

Et puis tu essaies d'être un humain meilleur, d'être plus calme, moins agressive, de mieux communiquer tes sentiments, d'appréhender les tempêtes, d'anticiper les dérapages, d'imaginer des outils, de fêter les victoires, de garder le cap sur : la clarté

et paf, en trois secondes, ça te fauche, la jalousie
et pire encore que la jalousie : la culpabilité d'être jalouse
quelle amoureuse est jalouse de ses amis ?
non mais vraiment, est-ce que ce monde est sérieux ?

Tu te troues le cul du matin au soir à faire que tout ça ait un peu de sens, le pire du mieux c'est bel et bien que ça fonctionne, que c'est joli et que ça a de la gueule, et puis il dit "truc et machin passent à l'improviste" et tu te retrouves enferrée dans une mauvaise humeur de tueuse.

mais enfin, Louise ? quelle pauvreté d'humanité t'amène ici à cette heure ? quelle marche as-tu ratée dans le gribouillis de ton âme ? y'a clairement un trou quelque part. je pense que c'est même plus une marche dont on parle : tu as du dévaler tout l'escalier.

Maintenant tu es dans la cave. J'irai pas te chercher.

Vendredi 14 octobre 2016 à 20:08

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Ce soir, à Berlin, je lis la Lettre à un amoureux. Ce sera à 22:22.
Et pour les petites âmes qui ont envie, il y aura un live dans facebook !

En cliquant sur l'image tu vas sur la page de l'événement où le live sera visible je pense.
Sinon je partagerai le lien sur ma page. Bisous doux.

Mardi 31 mai 2016 à 2:01

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Lundi 30 mai 2016 à 23:53

Tu n'imagines pas comme c'est bon de ne pas bosser un dimanche, je ne reviens pas, en fait. Je me suis réveillée toute étonnée à 11h30, et en découvrant cette grasse matinée lovée dans mon oreiller je me suis souvenue que les ouvriers ne bossent pas le dimanche, eux, et que du coup, fait exceptionnel, j'ai eu du sommeil à volonté en veux-tu en voilà. Tout est calme dans la cour de l'immeuble, même le balcon flotte, tranquille. Les voisins ni ne toussent ni ne râlent ni n'aboient, pas de portes qui claquent, pas de musique au bord des fenêtres, pas de concierge qui parle à ses chiens, la rue ne bourdonne pas au loin, il n'y a certainement pas de voiture, certainement pas d'humains, certainement pas.
J'ai mangé de la mousse au chocolat avec un brin de bonne humeur au bout de la cuillère, l'impression que le jour m'appartient par tous les bouts et que je pourrais bien en faire une pelote de paresse ce serait égal parce que ce serait délicieux.  J'aime l'idée que les magasins soient fermés, que mon frigo n'ait rien à redire dans le déroulement de ma journée, j'aime l'idée que les dimanches se bricolent toujours d'une manière ou d'un autre, s'improvisent et se colorent comme aucun autre jour de la semaine, dehors il fait été et je vais aller danser.

J'aime les dimanches à Berlin. Ce sont des respirations. Ce sont des pics de liberté.

Peut-être un petit pas réconciliée ? Peut-être pas.

Qu'importe. C'est dimanche.

La vie, quoi.

Lundi 30 mai 2016 à 23:52

J'ai ce cri enragé qui me défonce le ventre depuis hier, emprisonné là dedans à m'en mettre le vertige, à m'en défaire des nausées, je viens de me taper un hurlement d'ogresse dans un ascenseur vide, quelques secondes de rien, quelques secondes de pas assez, depuis je chante je suffoque je grimace je pleure, je respire sans souffle, je tangue aux frontières de la crise d'angoisse, j'ai le cerveau qui roule vers l'arrière et si j'avais une putain de caisse avec un putain de volant bordel de merde, je taillerai la zone, j'irai manger l'écorce d'un arbre jusqu'à avoir la voix qui saigne, je jetterai un duvet dans la nuit et j'irai voir ailleurs si j'y suis. Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, Berlin m'étouffe, bordel, c'est par où qu'on sort.

Lundi 30 mai 2016 à 23:51

Sie haben mich nicht verdient.

Quand est ce qu'on est seul ? J'ai le monocycle de la colère qui fait des 8 entre mes yeux, qui me broie les arrêtes du nez, il dévale l'escalier de mes cotes, dérape dans un nœud de l'aorte, perd une pédale en butant à l'œsophage. C'est tellement ridicule, un monocycle, je n'en reviens pas qu'il soit si lourd, si brutal, si destructeur. C'est un petit monocycle de rien du tout, à peine équilibriste, même pas véliplanchiste, un petit monocycle qui se prend pour un bulldozer, un chien de combat, une horde de guerriers. Monocycle petit monocycle de rien du tout, que feras-tu quand je fermerai les paupières, toi qui n'a ni phare, ni roulettes ? Monocycle de la colère, la nuit me donnera victoire, tu n'y vois rien en son royaume et tu ne tiendras pas jusqu'à demain, je sortirai gagnante de ce combat de bêtise, alors laisse tomber, va, fous moi la paix. Allez, file, je te dis, cesse de me traîner dans les pattes, tu as l'air de quoi vraiment, à te faire mousser, à te donner du pouvoir, personne n'y croit, tu n'es rien, tout au plus un interrupteur à migraine, et il n'y a pas de gloire à cela, pas de gloire à cela.

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